DEMAIN, JE VOTE

21 avril 2017

À chaque élection, toujours le même discours : « Tu vas voter Jessica? Quoi?! Mais il faut aller voter! Tu te rends compte, des gens se sont battus pour que tu aies le droit de voter! Ben si tu ne votes pas, ne viens pas te plaindre après, et si tu ne votes pas, tu ne devrais même pas parler de politique ou donner ton avis! ».

Je ne sais pas vous, mais moi je trouve ça un peu choquant que l’abstention annihilerait tout partage et expression de ses idées… Que l’abstention serait synonyme de manquement à son devoir citoyen, de faute grave, limite, de crime. Que l’abstention signifierait désintérêt ou méconnaissance du sujet.

Pourtant, je me demande combien, parmi ceux qui votent, ont lu les programmes des candidats, tous les programmes, de tous les candidats? Combien les ont compris, dans leur intégralité? Combien savent exactement pour qui, pour quoi ils votent? Et combien votent, contre? En se basant sur les probabilités des différents sondages?

Je me demande qui vote pour des idées, et qui vote pour celui qui parle de ses idées? Celui qui a le plus de gueule, celui qui a le plus de style? Mais attention, pas avec un polo à 30€, ou un costume à 30000€.

Qui a regardé les débats, tous les débats, et leurs campagnes publicitaires aux allures de télé réalité? Qui a compris, tout compris? Qui s’est senti concerné, concrètement?

Je me demande si on peut comprendre de quoi ils parlent dans leur arène aux allures de cours de récré? Je me demande si je peux les comprendre, si je ne suis pas mega bien renseignée? À qui s’adressent-ils, concrètement? À qui je peux faire confiance, quand certain(e)s n’utilisent même pas leur vrai prénom? Puis leurs solutions là, leurs idées, comment comptent-ils les mettre en place, réellement? Qu’en est-il des entreprises qui les paieront, pour qu’ils fassent le contraire? Qu’en est-il des enjeux géopolitiques, bien plus puissants que le bien-être du peuple? Qu’en est-il de demain? On vote aujourd’hui, on remet l’entièreté de notre pouvoir dans les mains de quelqu’un, et après? On attend? On attend que l’autre fasse pour nous, décide pour nous?

Moi j’attend celui qui me dira comment je fais pour trouver un mec qui a des couilles. Comment je fais pour trouver ma voie. Comment je fais pour me sentir bien dans mon corps, dans ma tête. Comment je fais pour élever mes enfants dans un environnement sain et sécuritaire. Comment je fais pour que mes petites soeurs aient confiance en elles. Comment je fais pour aimer mon métier, en vivre, et vivre. Comment je fais pour ne plus ressentir cette boule dans le ventre chaque fois que je croise un sans-abri. Comment je fais pour ne plus être partagée entre la tristesse et l’agacement devant chaque mendiant. Comment je fais pour me sentir bien dans ma société, pas harcelée, ni oppressée. Comment je fais pour ne pas me sentir coupable et impuissante devant le théâtre des guerres qui se jouent à quelques kilomètres. J’attend celui qui me parlera des choses réelles de la vie, du quotidien, de tous les jours, tu comprends?

J’attend celui qui me fera comprendre le lien entre mon t-shirt à 2€ et l’esclavage des enfants. Le lien entre délocalisation et pauvreté. Le lien entre cancer et élevage intensif. J’attend celui qui ne sera plus en représentation, en casting, essayant de se vendre, à n’importe quel mot.

J’attend celui qui sera moderne, jeune, visionnaire, mais pas trop non plus! D’ailleurs, comment on appelle ça, la phobie des hologrammes?! J’attend celui qui n’aura pas peur, et qui ne fera pas peur.

Ce « celui », peut-il être une personne? Ce « celui », n’est-il pas nous, tous? Eux, les politiques, eux, les riches, nous, le peuple?

Choisir une personne, une seule, qui nous représente, c’est bizarre, non? Choisir un visage, personnifier le pouvoir… Bon, sauf si c’est Justin Trudeau ou Christiane Taubira. Mais, quand personne ne nous convient, que sommes-nous supposés faire? Choisir quand-même? Voter contre? Certes, je comprend l’enjeu, je comprend le danger… Je comprend aussi que nombreux sont ceux qui aimeraient voter, mais ne peuvent pas, par non-obtention de la nationalité, ou par un âge trop jeune.

Mais… Je crois bien que je refuse de jouer ce jeu là, j’en refuse les règles. Tout ça n’est pour moi, qu’une grande mascarade. Et ça n’engage que moi, de la même manière que chaque bulletin n’engage que la personne qui a choisit de le mettre dans son enveloppe.

Alors non, je ne vote pas dans une urne. Non, ce n’est pas parce que je m’en fous, ou parce que je ne vis plus ici. Le vote est un droit, non une obligation. Mais oui, j’ai le droit à la parole, parce qu’il n’y a pas que ce scrutin qui est un moyen de vote. Le vote, il peut aussi, et surtout, se faire au quotidien. Dans sa manière de vivre, dans sa manière de consommer, dans ce et ceux que nous soutenons à chaque acte d’achat, dans les institutions où nous stockons nos billets, dans ce qu’on véhicule, ce qu’on partage, ce qu’on défend.

Ce n’est pas mieux, ce n’est pas pire. C’est. Mon choix, mon droit. Ma vision, ma décision.

Demain, comme hier, et comme aujourd’hui, je vote.