MISSION D’EXPLORATION
AU LAOS

Sixième partie | Paksé / Plateau des Bolovens

septembre – octobre 2017
par Jessica Valoise

29 septembre 2017
Paksé (ປາກເຊ)

Après quatre semaines dans le nord du Laos, je me dirige vers le sud pour les deux dernières semaines de mon exploration en terres solidaires, et plus précisément à Tad Lo, village du Plateau des Bolovens.

Arrivée à Paksé à 7h après un trajet en bus de nuit où j’ai super bien dormi, je m’installe dans le premier café venu en attendant 8h, que les centres de location de scooter ouvrent. J’ai commandé un thé vert. Je reçois un Twinning. Si il y a bien une chose que je déteste quand je commande un thé, c’est de recevoir ces thés dégueulasses en sachet, et encore plus quand on se trouve dans un lieu où il n’y a que ça, des plantations de thé!

8h – Direction Miss Noy, la location de scooter super réputée. Les proprios ne sont pas là, la fille à l’accueil me redirige vers une location en face. 70 000kip les 24h de location. Classique.

8h30 – Direction Mr Vieng’s Coffee Plantation, un hébergement à évaluer où je passerais une nuit, avant d’aller à Tad Lo. Arrivée vers 10h15. Très sympa comme lieu. Rien autour, pas de restaurants. Pas de couverture Wi-Fi, ni de 3G. Il pleut toute l’après-midi. Heureusement que j’ai fait la route ce matin! Il y a une fille dans la chambre voisine, j’entend absolument tout, comme si il n’y avait pas de cloison. D’ailleurs, il y a deux trous dans le mur qui nous sépare…

Je prend le tour d’une heure de la plantation de café proposé par Mr Vieng. C’est un peu long et ennuyeux. Mais on assiste à une scène comique : une vieille dame pliée en deux court après des cochons. Mr Vieng m’explique que les cochons sont venus manger son manioc et qu’elle leur court après pour trouver leur propriétaire. Lui plante son manioc loin pour éviter ça, les cochons étant en liberté : on se déplace plutôt que de déplacer les animaux.

« Le travail dans la rizière est pénible et la plupart des personnes âgées, après cette longue vie de labeur, restent pliées en deux jusqu’à leur mort, les vertèbres lombaires soudées entre elle. »

– Le Radeau de Bambou, Bounmy

30 septembre 2017
Tad Lo

Je prend la route pour Tad Lo, où je visiterai deux hébergements.

Le premier, Fandee Guest House, a été créé par Laure et Loïc en 2012. C’est une petite maison du bonheur dont les bénéfices aident les habitants du village. J’ai appris ici que lorsqu’on ouvre une entreprise, il y a une obligation d’employer des personnes du village, et que la terre appartient au gouvernement : personne n’est jamais vraiment propriétaires, le gouvernement pouvant re-disposer de sa terre à tout moment, moyennant compensation financière.

Au-delà de tout ce que Laure et Loïc font avec leur hébergement, ce que j’ai particulièrement apprécié ici, qui peut être délicat dans l’immigration et encore plus dans le rapport occident / pays de sud, c’est l’attention apportée au respect des us et coutumes du pays, et l’intégration en tant qu’entrepreneur venant s’installer à Tad Lo et non pas « étranger » venant entreprendre dans un quelconque village. Une visite proche du coup de coeur!

Le second hébergement, Tim Guesthouse, est la première guesthouse de Tad Lo, ouverte il y a une vingtaine d’années par Soulidet, un homme touchant au grand coeur.

Pendant mon séjour à Tad Lo, je vais faire un tour au village Kok Phung Tai à quelques kilomètres, sur les recommandations de Juliette, française installée ici et qui connaît très bien les environs.

Au coeur de ce village Kalum, se trouve Captain Hook Homestay, deux cabanes en bambou pouvant accueillir jusqu’à 5 voyageurs, chez Ook, de son vrai prénom.

Rapidement, Ook a voulu aller à l’encontre de nombreuses traditions de son village, dont faire des études supérieures : il voulait connaître le monde. Il a ainsi appris l’anglais, et de retour dans son village a ouvert un homestay afin de partager sa culture si riche, et d’apporter des revenus supplémentaires à l’ensemble du village, constitué de 750 habitants. Depuis, il parle également Français, Allemand et Italien, en plus du Lao, Thai, Vietnamien et Katu!

J’ai visité la place en journée, et pensant y passer quelques minutes à siroter avec ma paille en bamboo, mon jus de citron vert organique servi dans un verre en bamboo, Ook m’embarque dans un tour d’1h30 de sa plantation. Café, riz, manioc, ananas, cacahuètes, plantes médicinales, c’est immense, presque autant que le savoir de Ook qui semble inépuisable! Il m’apprendra même des informations sur la Martinique, l’île natale de mon père.

Ayant une très bonne connaissance de la culture occidentale, son discours est particulièrement intéressant, car, saisissant bien le choc entre notre culture moderne et la culture ancestrale de sa tribu, il sait ce qui est significatif.

Les personnes âgées du village craignent les appareils photos, ayant le sentiment que lorsqu’on capture leur image, on capture en même temps leur âme : alors lorsqu’on se promène, je décide de ne prendre ni photos ni vidéos de ce beau village et de ces habitants, même des plus jeunes – c’est pour cette raison que vous n’en verrez malheureusement pas.

Plus de 200km réalisés ces derniers jours pour visiter les hébergements du plateau. Des paysages à couper le souffle, encore une fois, autant sur la route qu’aux alentours de Tad Lo.

Je descend demain pour la dernière partie de mon exploration dans les îles du sud du Laos, jusqu’au 14 octobre. La connexion internet promet d’être quasi-inexistante. À mon retour, j’irai passer plusieurs jours dans le village de Ook, afin de réaliser un documentaire.

J’ai visité entre temps les 4000 îles. Retrouvez le récit à la page suivante.

13 octobre 2017
Kok Phung Tai

Je suis arrivée chez Ook hier, beaucoup plus tard que prévu, mais c’est très bien parce qu’il donnait en tours de la plantation avant. Du coup, je suis partie avec sa soeur – 18 ans, surnom Monkey, et son cousin – 19 ans, Lullaby, à l’Éléphant Rock! C’était génial! Monkey et Lullaby sont meilleurs amis, avec un troisième garçon qui n’a pas pu venir.

Le soir, nous avons mangé dans la maison de Ook, avec sa femme. Enfin une expérience authentique! Je suis contente que ça confirme mon choix de Village Coup de Coeur pour Village Monde.

Ook nous apprend qu’ici, il n’y a pas de mois, ni d’années – raison pour laquelle il ne connaît pas son âge exact. Ils se basent sur les saisons des fruits et des naissances des animaux, ce qui équivaudrait à environ huit mois par an selon notre référence.

14 octobre 2017
Kok Phung Tai

Ce matin, au lieu d’être réveillée par la quotidienne radio du village qui fait office de réveil général à 6h, je suis réveillée par les cris du cochon sacrifié pour la cérémonie de pardon de Ook. Horrible.

La cérémonie a lieu pour réintégrer Ook dans son village – étant parti de son village, ce qui est interdit dans les traditions, il doit se faire pardonner par le chef du village, la guérisseuse et le chaman pour être de nouveau accepté. Depuis un an, il ne lui manque plus que le pardon du chaman, qui a décidé de le faire ce week-end! La cérémonie commencera donc dans quelques heures.

Sur le chemin du retour, sur la route du Plateau des Bolovens, je vois sur le bas-côté, une des nombreuses vaches en train de déféquer quelque chose qui ressemble à un mélange de plastiques. Je me dis « Mais non quand-même, elle n’a pas mangé du plastique… ». En la dépassant et me repassant l’image en tête, je réalise que ça n’était pas du plastique, mais deux petits sabots… Elle est en train d’accoucher! Je fais demi-tour, et me met sur le côté opposé de la route pour l’observer, de loin. J’hésite un peu à rester, imaginant que la scène allait être archi dégeu.

En une dizaine de minutes, « Plof! ». Sa crotte vivante est sortie. La vache se relève et je la vois s’agiter en faisant des aller-retours. Je réalise que la corde à laquelle elle est attachée l’empêche d’atteindre son bébé. Je pars dérouler sa corde pour l’attacher plus loin, elle commence à le lécher, et en quelques minutes, il commence à bouger.

Alors que ce matin je me bouchais les oreilles pour ne pas entendre les cris d’un cochon qui se faisait sacrifier pour une cérémonie, j’entendais quelques heures plus tard, le premier meuglement d’un veau. Comme un clin d’oeil de l’Univers pour me rappeler que l’équilibre des choses se maintient toujours.

PAKSÉ (ປາກເຊ), Province de Champassak

Paksé (ປາກເຊ) est la capitale de la Province de Champassak, au sud du Laos. Elle porte encore les traces de passé de poste administratif français, et est largement habitée par une immigration française et belge.

Sûrement plus habitués au tourisme que dans les villages, l’accueil y est plus chaleureux. Cependant, son réel intérêt est similaire à celui de Vientiane, marqué une pause, régler ses formalités administratives et avoir un point de départ et de retour pour le Plateau des Bolovens. On choisira pour ça l’auberge de jeunesse Downtown Paksé, au confort sommaire et amplement suffisant.

Tad Lo, un village du Plateau, n’a certainement plus que quelques années à vivre. Un endroit paisible qui va bientôt se transformer en ville sur décision du gouvernement : les animaux en liberté, un des charmes du village, ne seront plus autorisés, alors ils sont mangés ou vendus car beaucoup de villageois n’ont pas de terrain pour les loger.

Ici, nous passerons d’agréables jours, trois ou quatre, à discuter et vivre avec les habitants.

Fandee Guest House, est une petite maison du bonheur. Créée en 2012 par Laure et Loïc, couple français, après un gros coup de coeur pour ce village et cinq ans à y revenir tous les ans, la guesthouse comprend quatre bungalows confortables et un restaurant dont la carte est fortement influencée par la gastronomie française – comprenez-moi, baguette, saucisson et fromage.

Un peu par hasard et en se liant d’amitié avec les habitants, le couple a décidé d’aider sept enfants en finançant leur scolarité, frais de santé, nourriture et logis. C’est pour l’instant le maximum qu’ils peuvent se permettre. C’est ainsi que les soirées sont conviviales, entourées d’enfants plein de vie et d’humour! Également, lorsqu’ils le peuvent, ils aident les habitants dans le besoin (soins de santé, matériel pour travailler) en pratiquant le troc, monnaie d’échange encore courante ici : financement contre travail à la guesthouse, animaux de ferme, services, etc.

Afin d’avoir un impact encore plus important et durable, Laure et Loïc montent un projet depuis maintenant deux ans : Fandee Family Island qui permettra d’accueillir et de former des jeunes à l’hôtellerie, la restauration et la gestion. Une campagne de financement originale est lancée, et vous pouvez trouver toutes les informations sur leur page facebook.

HÉBERGEMENT ÉVALUÉ :

Tim Guesthouse

Tim Guesthouse, la première guesthouse de Tad Lo, ouverte il y a une vingtaine d’années.

Soulidet, le propriétaire, parle français, qu’il a appris au Laos, et anglais, qu’il a appris lorsqu’il vivait en Australie, pendant 25 ans. Là-bas, il avait des entreprises, dans les ordinateurs, la photographie qu’il pratiquait, le développement argentique…

De retour au Laos, il ouvre sa guesthouse comprenant sept bungalows, dans l’idée d’utiliser l’intégralité des bénéfices pour son projet d’éducation : une bibliothèque et une école – Tadlo Computer Education Center – http://www.tadlo.net/ – Visant à améliorer le système éducatif et les possibilités de carrière des jeunes de la région, TCEC offre une formation gratuite en informatique et des cours d’anglais à 80 élèves chaque année depuis 2002.

La concurrence devenant de plus en plus rude dans le village, et la situation économique changeante des voyageurs occidentaux, Soulidet reçoit moins de visiteurs, et pour la première fois cette année, faute de moyen, l’école n’a pas ouverte. En espérant que cette situation s’arrange.

TIM GUESTHOUSE N’A POUR LE MOMENT PAS ÉTÉ LABELLISÉ PAR VILLAGE MONDE.

Situé au coeur du village Kalum, Kok Phung Tai, se trouve Captain Hook Homestay, deux cabanes en bambou pouvant accueillir jusqu’à 5 voyageurs, chez Ook, de son vrai prénom.

Rapidement, Ook a voulu aller à l’encontre de nombreuses traditions de son village, dont faire des études supérieures : il voulait connaître le monde. Il a ainsi appris l’anglais, et de retour dans son village a ouvert un homestay afin de partager sa culture si riche, et d’apporter des revenus supplémentaires à l’ensemble du village, constitué de 750 habitants.

Hook a instauré des frais d’entrée au village : 5000kip (environ 1$), qui reviennent directement aux habitants. Puis, sur chaque entrée d’argent de ses tours, du restaurant et du homestay, Hook prélève 5000kip qu’il met dans un pot commun, et qui servent à l’achat des uniformes des écoliers* et aux besoins des habitants.

Pour le futur, Hook, qui est le seul anglophone de tout le village, aimerait apprendre l’anglais à des jeunes du village souhaitant travailler avec lui ou qui voudraient ouvrir à leur tour des guesthouses, restaurants, etc.

Certainement la place la plus authentique, enrichissante et intéressante qu’il m’ait été donné de visiter à ce jour!

* Au Laos, même les plus petits écoliers doivent porter l’uniforme, chemise blanche, pantalon noir et foulard rouge pour les garçons ; chemisier blanc, sin noir ou bleu, suivant la classe, et un ruban distinctif dans les cheveux pour les filles.