MISSION D’EXPLORATION
AU LAOS

Cinquième partie | Vientiane

septembre – octobre 2017
par Jessica Valoise

23 septembre 2017
Vientiane (ວຽງຈັນ)

Un peu triste de quitter Lilian, me voilà arriver à Vientiane. Le trajet en bus fut rapide. Je loue maintenant un scooter pour me rendre au prochain hébergement à évaluer, Rivertime Ecolodge Resort.

À la location, le monsieur ne me propose pas de petit scooter assis comme j’ai eu « l’habitude » de conduire, mais plutôt un scooter qui ressemble à une moto. Je suis archi-pas-confiante!

Mais en fait, tout s’est bien passé! Je mettrais deux heures pour arriver à ce petit coin paisible au bord de l’eau, accueillie par Autumn, dix-neuf ans, américano-lao, installée ici avec toute sa famille depuis cinq ans. Sam, son père, d’origine Lao, né en Thaïlande, immigré aux États-Unis enfant, est diplômé en business. Sa femme, américaine, était agent immobilier. Lorsqu’ils ont voulu acheter une maison il y a une dizaine d’années, ils se sont ravisés, ayant le désir d’aider les personnes dans le besoin. Au même moment, le gouvernement Lao appelait sa diaspora à revenir au pays afin de contribuer à son développement. C’est ainsi qu’ils ont pris la décision de s’installer au Laos, avec leur sept enfants.

Au Laos, toujours recompter son addition: une fois sur trois le compte n’est pas bon.

24 septembre 2017
Vientiane (ວຽງຈັນ)

Réveil à 9h. Enfin une grass mat’! Ça fait du bien.

À Rivertime, on se sent bien. Pas de connexion internet, relativement isolés, autant de la ville que des autres bungalows.

Tout le personnel est très disponible et accueillant. J’aurai de longues discussions avec Sam et Autumn, qui forme les employés ici.

Je pars visiter un autre hébergement à quelques kilomètres d’ici, que je n’avais pas réussi à joindre au préalable, Lao Pako. La place est abandonnée. À mon retour à Rivertime, Sam m’expliquera que la femme du propriétaire est malade et qu’il cherche à vendre la place pour payer les soins de santé…

Je ride toute la journée jusqu’à ce que le soleil commence à se coucher, traversant des rivières, des villages… Je rentre complètement couverte de poussière!

Alors je décide de me rincer dans la piscine naturelle du lodge… sauf que je n’arrive plus à en sortir, l’échelle étant trop haute!!! Il n’y a personne, et je commence à un peu stresser. Je me sens comme un Sims dans sa piscine lorsqu’on lui retire l’échelle pour le tuer!!!

Finalement, je trouverai une corde sur laquelle j’arriverai à me hisser malgré le courant fort du Mékong. Je ne retournerai pas dans cette piscine!

La liberté est un sentiment, pas une réalité.

26 septembre 2017
Vientiane (ວຽງຈັນ)

À Vientiane, la moderne, je prend un petit break de trois jours de mon exploration, pour me reposer et me ressourcer. Il fait très chaud, très humide, et il pleut beaucoup.

Le premier soir, je mange sur un bateau au bord du Mekong. C’est sympa, mais il y a beaucoup trop de monde, trop de scooter, trop de bruit, trop de musique. Bref, ça n’est pas pour moi. Le Dj présent joue du Petit Biscuit. Surprise, je vais lui parler pour savoir comment il connaît ça, ici, au Laos quoi. C’est en fait un français-laotien qui a immigré au Laos. En parlant, nous réalisons que nous avons quelques connaissances en commun. Petite rencontre sympa.

C’est aussi le moment de prolonger mon visa… Je déteste tout ce qui est administratif, et encore plus tout ce qui concerne les autorisations / justifications de visiter / de rester sur un territoire. C’est un concept qui me dépasse. En plus de ça, Lonely Planet donne une mauvaise adresse sur le lieu où renouveler son visa. Je tourne en rond pendant plus d’une heure, personne ne sait où c’est! Ensuite, ça m’a coûté bien plus cher qu’annoncé, payable en kip et non en $, comme annoncé, et pas besoin de photo non plus! Heureusement, le lendemain, dans le bus de nuit pour Paksé, je changerai mes dollars pour des kips avec une des voyageuse. Puis le renouvellement de visa ne prend pas une heure non plus comme annoncé, mais un jour!

Bref, je suis saoulée.

Le lendemain, je visite le centre pour femmes Lao Disabled Women’s Development Center, pour l’organisme visit.org.

Les femmes du centre ont entre 15 et 35 ans. Suite à une demande qu’elles effectuent, elles sont acceptées ou non selon les capacités du centre. Il y a un autre centre à Vientiane équipé pour celles qui ont besoin de soins de santé. Ici il n’y a ni dortoir ou hôpital. Les femmes restent six mois. Après, soit le centre leur trouve un emploi, soit elles retournent chez elles monter leur business avec une aide financière pour se lancer. En général, c’est ce qu’elles choisissent.

Loudjana, 25 ans, est née à Champasak. Elle est handicapée depuis l’âge de 1 an, après être tombée malade. Depuis qu’elle est au centre, elle apprend la couture et a gagné confiance en elle. Son rêve est d’avoir un magasin dans son village, proche de sa famille.

Chanhvong, 42 ans, est née à Vientiane. À 8 ans, elle contracte la polio et devient handicapée. Elle est arrivée au centre avant son ouverture officielle, en 2007. Aujourd’hui, elle y enseigne la couture. Son rêve est d’avoir son magasin avec ses cousines, à côté de chez elle.

Laa, 32 ans, vient de Sékong. Elle est mariée et a un enfant de 15 mois. Elle a été amputée d’une jambe à 14 ans après un accident. Elle est restée très longtemps à l’hôpital, ce qui fut difficile pour sa famille n’ayant pas suffisamment d’argent pour assumer les frais d’hospitalisation. Après son accident, elle ne pouvait plus aider sa famille dans les tâches quotidiennes, et elle restait à la maison, n’ayant pas de fauteuil-roulant. Au centre, elle est heureuse car elle est indépendante et n’a pas besoin d’aide. C’est ici qu’elle a appris à lire et à écrire. Aujourd’hui, elle a plein de rêves. Le plus grand est d’avoir son propre magasin à Vientiane.

Boyou, 27 ans, vient de Sékong. Elle est devenue handicapée après être tombée malade à l’âge 8 ans. Sa famille l’a toujours supportée et bien entourée. Les autres enfants la regardaient différemment, car elle ne pouvait pas courir avec eux, jouer avec eux. Elle était timide et triste à ce moment. L’amour de sa famille l’a aidé. Lorsqu’elle est arrivé au centre en 2007, elle ne parlait pas et ne pensait pas être capable de faire quoi que ce soit. Petit à petit, elle a pris confiance en elle grâce à l’encadrement du centre et des autres femmes présentes. Aujourd’hui, elle a confiance en elle, est heureuse, parle anglais et peut donc communiquer avec tout le monde. Son rêve est de devenir professeure d’anglais.

Chanhthawee, 24 ans, vient du Nord du Laos. Il est né avec sa malformation, alors il a appris à vivre comme ça, comme n’importe quelle autre personne. Il travaille au centre depuis 2015, en tant que project manager. En travaillant auprès des femmes, il a appris à comprendre les enjeux qui leur sont spécifiquement liées et à leur donner confiance en elle. Son rêve est de continuer à aider les personnes handicapées à être indépendantes, réaliser leurs rêves, ouvrir leurs entreprises, etc. Il veut faire comprendre aux monde que les personnes handicapées ne sont pas des personnes incapables et peuvent tout faire comme n’importe qui.

« Maybe their bodies are disabled but their brains and their hearts are able. »

Kinnalone, 39 ans, est mariée et vient de Vientiane. Elle est arrivé au centre en 2002, après ses études, suite à une annonce recherchant des femmes handicapées. À 6 mois, elle tombe malade, et en allant se soigner à l’hôpital, elle y contracte la polio. Bien entourée de sa famille et ses amis, Kinnalone a toujours été très joviale et eu confiance en elle. Aujourd’hui, elle est directrice du marketing au centre, et bien que son corps lui fasse mal au quotidien, elle avance. Ici, elle aide les femmes à avoir confiance en elles en jouant un rôle de confidente. Lorsque les femmes arrivent, elle veille à ce qu’elles se sentent bien en parlant et passant du temps avec elles, en faisant attention au signe de tristesse ou de repli qu’elles pourraient manifester, elle les mets à l’aise en leur disant d’oser, de ne pas abandonner et de ne pas hésiter à demander de l’aide aux autres femmes. En seulement six mois, les femmes changent énormément grâce à cet encadrement. Son plus grand rêve est d’avoir un coffee shop où elle pourrait cuisiner des cookies et offrir du café aux clients, discuter avec eux, etc.

Je récupère mon visa le jour de mon départ pour le sud.

Le bus arrive avec une heure de retard. Il a plu toute la journée, il y a de l’orage et des éclairs impressionnants! Le bus se dirige vers Nothern Station, je ne comprend pas trop et espère ne pas m’être trompée de bus… En fait on change de bus pour un plus grand bus-couchette, qui lui part vers Southern Station récupérer d’autres personnes. Je suis contente car j’ai une couchette seule, ma voisine rondelette ayant décider de partir sur la grande couchette arrière inoccupée.

VIENTIANE (ວຽງຈັນ), Province de Vientiane

Vientiane (ວຽງຈັນ) est la capitale du Laos, ancien centre majeur de l’enseignement bouddhiste.

La ville fut abandonnée après les différentes invasions au milieu des années 1800. Lorsqu’elle devient sous protectorat Français en 1867, elle est reconstruite. C’est ainsi que nous retrouvons un arc de triomphe, Patuxai, et une avenue semblable aux Champs-Élysées.

Vientiane permet de faire une pause « confort et modernité » entre le sud et le nord, on y restera trois ou quatre jours.

À 30km de la capitale Vientiane se trouve le resort Rivertime Ecolodge, accessible en taxi ou par vos propres moyens.

Arrivée dans ce petit coin paisible au bord de l’eau, je suis accueillie par Autumn, 19 ans, américano-lao, installée ici avec toute sa famille depuis 5 ans. Sam, son père, d’origine Lao, né en Thaïlande, immigré aux États-Unis enfant, est diplômé en business. Sa femme, américaine, était agent immobilier. Lorsqu’ils ont voulu acheter une maison il y a une dizaine d’années, ils se sont ravisés, ayant le désir d’aider les personnes dans le besoin. Au même moment, le gouvernement Lao appelait sa diaspora à revenir au pays afin de contribuer à son développement. C’est ainsi qu’ils ont pris la décision de s’installer au Laos, avec leur sept enfants.

Ils ont repris les rennes de Rivertime, employant des villageois des alentours, non diplômés, qui ne pourraient trouver le même job en ville. L’année dernière, Sam a mis au défi l’un d’eux, illettré, d’apprendre à lire et écrire. Le test de juin dernier n’a pas été concluant, mais le challenge est là. Certains meubles du restaurant flottant ont été créés en bamboo mort trouvé dans les alentours, pratique que Sam encourage.

Rivertime existe depuis 10 ans, et 25 à 50% des bénéfices sont distribués aux villages voisins. C’est la femme de Sam, douée en communication avec les communautés, qui va dans chaque village discuter avec les chefs pour financer la scolarité des élèves les plus pauvres. Ainsi, l’année dernière, 34 élèves ont eu accès à l’éducation. Ils financent également la rénovation d’écoles.

Sam me confie également que beaucoup voyaient pour la première fois une personne blanche en rencontrant sa femme. En touchant sa peau, ils ont été surpris : « Tu n’es pas en plastique! » en référence aux poupées blanches qu’ils ont. Puis, en parlant de mes cheveux, il me dit aussi qu’ils sont effrayés par les personnes noires, la seule connaissance qu’ils en ont étant à travers les films et séries – soit des rôles de malfrats. Une confirmation que la représentation dans les médias est importante.

Pendant la journée, on entend souvent la petite dernière de la famille chantonner.

Rivertime Ecolodge Resort N’A POUR LE MOMENT PAS ÉTÉ LABELLISÉ PAR VILLAGE MONDE.