VOYAGE EN INDE

Troisième partie

janvier 2015 – mars 2016
par Jessica Valoise

XXIII

NEIL ISLAND, « UNTOUCHABLE PARADISE »
OU LA POLYNÉSIE INDIENNE

Neil, je pourrais lui donner plein de qualificatifs. D’abord, ça été « La Sauvage ». Puis, ça été « la Polynésie Indienne ». Eux, ils l’appellent « Untouchable Paradise ». Ça pourrait aussi être « Paradise » tout court.

J’ai découvert les Îles Andaman au mois de janvier, je ne sais plus trop comment, sûrement en lisant des infos sur l’Inde du Sud. Je n’en avais jamais entendu parlé, si ce n’est de l’île des Sentinelles. J’ai vu deux-trois photos, un éléphant dans la mer, je n’ai pas eu besoin de plus pour l’ajouter à mon itinéraire : je les case à la fin du mois de février, une dizaine de jours, juste après le Sri Lanka.

C’est alors qu’après une semaine à Pondicherry assez pesante, et en fait, deux mois en Inde assez éprouvants, je décide d’annuler mon passage au Sri Lanka, et de partir aux Andaman pour trois, voir quatre semaines. Moins cher, moins touristique, plus calme, plus exotique. Je choisi Neil comme point d’arrêt.

À Port-Blair, je rencontre plusieurs personnes qui remettent un peu mon choix en question – bien que, quand j’ai une idée dans la tête, je ne l’ai pas ailleurs…

« Il n’y a rien d’intéressant à Neil, tu vas t’ennuyer ! », « Pourquoi Neil, il y a tellement d’îles plus intéressantes ! », « Puis si tu n’as rien booké à l’avance, tu ne trouveras rien, tout sera full ! », contredis par « Tu n’as pas besoin de booker à l’avance, il n’y a rien ni personne sur cette île tellement il n’y a rien à voir ». De toute façon, on ne peut pas booker à l’avance, il n’y pas internet sur l’île, et le réseau téléphonique ne fonctionne qu’à certains points précis de l’île, à certains moments. Bref, en gros, tout le monde a l’air de me dire que cette île ne sert à rien.

Je pars donc quelque peu sceptique.

Alors…

J’en ai vu des paysages…

J’en ai vu des endroits à couper le souffle…

J’en ai vu des bouts de paradis sur cette planète…

Mais là…

Neil…

Par où commencer…

Que dire…

Comment dire…

En fait…

Regardez…

Je ne sais même pas si les photos peuvent être suffisantes…

Comme Carrie Bradshow lorsqu’elle visite avec Big l’appartement du dernier étage d’un immeuble, je me suis demandée si j’étais morte et que j’avais atterrit au paradis.

Comme Emile Hirsch dans le rôle de Christopher Johnson McCandless, j’ai été émue aux larmes devant le spectacle que la nature pouvait offrir.

Effectivement, il n’y a rien sur cette île. Rien dont nous n’ayons pas besoin. Il y a simplement ce qu’il faut pour vivre, vraiment. La nature, le soleil, la mer, des habitants souriants, des commerçants qui ne sont pas uniquement portés sur l’argent.

Neil est sauvage. Neil est une version Indienne de la Polynésie Française, en mieux. Neil, c’est le Paradis. Tout simplement.

XXIV

DÉCONNEXION ET RECONNEXION À NEIL

À Neil, il n’y avait ni réseau téléphonique, ni réseau internet. L’angoisse? Oui.

Ou pas.

Les trois premiers jours ont été durs, vraiment très durs. Et frustrants. Mais alors après… Quel bonheur! J’en suis même venue à appréhender le retour à la connexion! J’en suis même venue à me poser la question de trouver une autre façon de travailler et de vivre, loin d’internet…

Qu’est-ce que c’était bon… Le téléphone ne sonne pas, pas de notifications, pas de mails professionnels, pas de messages de discussions futiles… Pas de distraction autre que la nature sauvage…

Durant ce sevrage de 10 jours, j’ai lu, beaucoup. J’ai écris, encore plus. J’ai contemplé, sans interruption. Je n’ai ressenti aucun stress, même quand je suis arrivée au bout de mon argent (il n’est pas possible de retirer de l’argent sur l’île ni de payer par carte bancaire). J’étais déconnectée. Et complètement connectée. À moi, à la nature, à l’univers. Et chaque jour a été une pure merveille, tout simplement.

J’aurai pu rester sur cette île un mois, un an, toute une vie. Mais non seulement je n’avais plus un sous, puis mon coeur a fait des siennes. Vous savez, « le coeur a ses raisons… » Vous connaissez la suite.

Neil a été une déconnexion totale. Neil a été un Vipassana à ma manière. Neil m’a reconnecté, totalement.

Neil, je lui dis à février prochain, et à tous les autres jusqu’à la nuit des temps! (Alors s’il-vous-plaît, ne naissez pas et ne vous mariez pas en février, merci bien.)

XXV

LE JOUR OÙ J’AI PLAIDÉ COUPABLE

J’en parlais dans un précédent article, sur la route, nous rencontrons beaucoup de personnes en « des-pression(s) ». Si elle touche tout le monde, elle est aussi passée par moi.

J’écris cette article après une journée d’overdose de bonheur.

Un jour, ma vie a changé. Durablement.

Ma vie a changé le jour où j’ai plaidé coupable.

C’était en 2011. Après avoir perdu tous mes repères, je me suis retrouvée face au tribunal de la vie. Deux choix s’offraient alors à moi :

– Je plaide non coupable. Ça n’est pas de ma faute, je suis la victime. Je n’ai aucune part de responsabilité dans l’état dans lequel je me trouve. J’exige réparation, de la part de la terre entière, ce qui inclue de me plaindre, me faire plaindre, et attendre des autres qu’ils me réparent.

– Je plaide coupable. Je ne suis peut-être pas responsable de tout ce qui s’est passé et de ce qui m’arrive, mais je suis responsable de mon état. Ce qui inclue faire face à mes peines, mes faiblesses, à moi-même, et me réparer de l’intérieur, par l’intérieur.

Je ne parle pas de « Aller, on relève la tête, on va de l’avant, on se met un coup de pied aux fesses, tout va bien, la vie est belle ». Non seulement c’est complètement abstrait, mais ça n’est pas aussi simple.

Je parle de se faire face pour de vrai, non pas dans la violence, mais avec douceur. Ne pas se dire « tout va bien », mais « ça, ça ne va pas ». Qu’est-ce qui ne va pas? Pourquoi? Est-ce que je peux l’éviter? Si oui, comment? Si non, comment je peux voir la chose sous un autre angle? Comment je peux faire pour la vivre différemment? Si ça me touche, qu’est-ce que ça fait résonner en moi? Pourquoi? Comment réagir à ça? Comment changer ça?

Est-ce que je veux vraiment le changer? Parce que oui, le bonheur est, en partie, un choix. En fait, il est entièrement un choix, mais si je dis qu’il est en partie un choix, c’est parce que beaucoup de processus inconscients sont en jeu dans l’histoire.

Le bonheur est en nous. Si nous le cherchons dans un partenaire, dans un travail, dans un endroit où habiter… C’est une illusion du bonheur. Car ça signifierait que lorsque ces éléments extérieurs ne sont plus là, nous ne sommes plus heureux. Or, lorsque l’on trouve le bonheur en nous, rien ne peux le changer. Bien sûr, ces éléments extérieurs viennent amplifier ce bonheur. Mais nous devons le construire avant. Et non pas le bâtir sur ces éléments extérieurs.

De la même manière, si notre bonheur est intérieur et que l’extérieur n’en est pas la cause, notre malheur non plus. Nous sommes alors responsable de notre malheur. En bien ou en mal nous sommes responsables de ce qui nous arrive.

Certains vont me dire « je ne suis pas responsable de la mort de mon père! ». Bien sûr que non, tu es responsable de la façon dont tu gères cette perte. Ou encore, « ça n’est pas de ma faute si je suis né avec une jambe en moins! » Non, mais c’est toi qui choisit la façon dont tu vas gérer ça. « Je n’ai pas cherché à me faire violée », non, mais malgré le traumatisme certain que c’est, c’est toi qui choisit ce que tu en fais.

Un jour où j’avais dis que le bonheur était un choix, un ami – qui depuis un peu moins d’une dizaine d’années remet toute la cause de la tristesse de son existence sur une ex petite amie qu’il n’arrive pas à reconquérir – m’avait dit « Ouai va dire à un mec qui n’a plus de jambes et qui rêve de courir le marathon que le bonheur est un choix. » Et il avait exactement touché ce dont je voulais parler. Le bonheur est simple, c’est nous qui le compliquons! Je n’ai pas trouvé mieux que de lui parler de Nick Vujicic, pour lui démontrer qu’il ne s’agissait que de choix.

« Nous avons le choix. Le choix d’être en colère pour ce que nous n’avons pas ou d’être reconnaissant pour ce que nous avons. […] Penser aux trois personnes qui cherchent le plus à vous décourager dans la vie. Ce ne sont pas elles qui cherchent à vous décourager. C’est vous. Il ne me faut que trois secondes pour vous dire quelque chose de décourageant, mais ensuite, vous n’oublierez jamais mes paroles. […] Je réalise que dans la vie, même les pires moments de ma vie peuvent être transformés en positif. Et encore plus spéciaux. […] Je sais que chaque jour, mes choix affectent ma vie, la vie des autres et ma vie éternelle. Vous devez parvenir à la réalité, savoir qui vous êtes et pourquoi vous êtes là. […] Trouvez la paix et transformez vos murs en portes. » Nick Vujicic dans son discours Overcoming hopelessness au TEDxNoviSad

Travailler sur soi n’est pas évident. Et je reste convaincue que la meilleure solution est de tout perdre et de ne pas en avoir peur. Par choix ou non. Au sens propre ou au sens figuré. Se débarrasser du superflu, en terme matériel (objets, alimentation), en terme de temps (surmenage), en terme d’entourage (quantité versus qualité des relations), en terme psychique (pensées négatives et nuisibles).

C’est un chemin long, et il est nécessaire qu’il le soit, mais c’est le chemin que nous devons prendre.

« La vie est une fête ou une plaie, c’est question de mental. » Fefe

« On a qu’une vie ». Non. C’est une seule mort que nous avons. La vie, nous en avons une nouvelle, chaque jour, jusque la fin des temps.

Un jour, j’ai plaidé coupable. Depuis, j’écope de jours heureux à perpétuité.

XXVI

VOYAGER LORSQU’ON EST SOLITAIRE ET INTROVERTI

L’idée de partir seule en voyage m’enthousiasme au plus haut point. Je suis solitaire, presqu’à l’extrême, et bien que j’adore rencontrer des nouvelles personnes, je peux très bien ne parler à personne et ne voir personne durant plusieurs jours sans problème. En fait, j’en ai surtout besoin. Même mes amis les plus proches ne me voient que rarement.

Il faut savoir que partir seule en voyage n’est pas la meilleure idée du monde pour ceux qui souhaitent être seuls.

Voyager seuls vous apportera tout, sauf de la solitude. Du coup, si vous avez horreur de la solitude, partez seuls en voyage, et vous ne serez plus jamais seuls! Mais genre, jamais, à moins de vous enfermer dans une chambre d’hôtel. Et encore. Dès l’avion, dès la salle d’embarquement, vous allez rencontrer des gens, et comme par hasard, ils feront le même itinéraire que vous. True story.

Lorsque les gens, que ça soit les locaux ou les autres voyageurs vous voient seuls, pour la plupart, ils ont du mal à imaginer que ça soit par choix. Du coup, on vient tout le temps vous parler et vous proposer des « sorties / activités de groupe ». Ça a le bon côté que vous n’avez pas besoin de faire d’effort pour aller vers les gens, pratique si vous êtes timides, mais l’inconvénient c’est que souvent, lorsque vous refusez, l’autre prend ça pour justement, de la timidité, et insiste. Et ça, ben c’est embêtant.

Être solitaire est un trait de caractère qui peut échapper à certaines personnes, dans la vie de tous les jours, comme en voyage.

Si j’aime être seule, c’est parce que les interactions sociales me fatiguent rapidement, d’un point de vue énergétique. Je ne peux pas en avoir trop, trop souvent, sinon je perd mon attention, mon intérêt, ma patience, mon intuition, ma clarté d’esprit et je deviens irritable. Je n’aime pas parler pour ne rien dire, et laisse souvent place au silence, ce qui est inconfortable pour beaucoup de gens. Sauf que je ne m’en rend pas compte, parce que dans ma tête, ça parle. J’aime ne rien prévoir, agir sur des coups de tête, je n’aime pas attendre, je n’aime pas prévenir. Alors suivre un groupe est rapidement compliqué pour moi, voir frustrant. Lorsque certains subissent la solitude, je subis l’overdose sociale. J’adore rencontrer de nouvelles personnes, mais je ne ressens pas le besoin de me faire de nouveaux amis à tout prix. J’adore marcher seule dans la rue, observer, écouter, sentir, ressentir. J’aime manger seule au restaurant. Aller seule au cinéma. Je ne m’ennuie jamais, parce que je trouve toujours quelque chose à faire, ou quelque chose à penser.

« Nous vivons ensemble, nous agissons et réagissons les uns sur les autres; mais toujours, et en toutes circonstances, nous sommes seuls. Les martyrs entrent, la main dans la main, dans l’arène; ils sont crucifiés seuls. Embrassés, les amants essayent désespérément de fondre leurs extases isolées en une transcendance unique; en vain. Par sa nature même, chaque esprit incarné est condamné à souffrir et à jouir en solitude. » Aldous Huxley dans Les Portes de la Perception

La contemplation est un de mes passe-temps favori. Je peux rester assise au milieu d’une forêt à observer un arbre, sur la plage à écouter la musique de la mer, sur un banc à contempler la vie de la rue pendant des minutes et des heures, sans jamais en être lassée, parce qu’un rien peut m’émerveiller. Comme Aldous Huxley dans son expérience sous mescaline qu’il relate dans Les Portes de la Perception… Lorsqu’on vient m’interrompre, ça me fait l’effet d’une claque.

« On ne fait l’expérience de la nature que de manière solitaire, car la présence des autres nous détourne du spectacle qui nous est offert. Les expériences collectives ne peuvent être qu’historiques ; le temps passé seul(e) dans la nature est quant à lui immémorial. » Voyager Loin

À Neil, sur cette toute petite île de 19km², j’ai pu profiter parfaitement de ces moments là, jusqu’à l’extase. Pas de réseau téléphonique, pas de connexion internet, pas trop de monde, pas de distractions, si ce n’est la plage, la nature, le village.

« Qu’advient-il des rapports humains? Comment pouvait-on concilier cette félicité intemporelle de voir comme il faudrait voir, avec les devoirs temporels de faire ce qu’il faudrait faire et de sentir comme il faudrait sentir? […] Cette participation à la splendeur manifeste des choses ne laissait pas de place, pour ainsi dire, aux préoccupations ordinaires, nécessaires, de l’existence humaine, et surtout aux préoccupations impliquant des personnes. » Aldous Huxley dans Les Portes de la Perception

Mais je reste humaine, et qui dit être humain, dit être social. Lors de mon voyage j’ai rencontré énormément de monde, et partagé des moments incroyables. Et c’est seulement lorsque je peux avoir du temps, beaucoup de temps seule, que je peux apprécier ces moments là.

XXVII

GUIDÉE PAR LA LUNE – PART II

Encore une fois, la Lune m’a suivie. Ou m’a guidée. Ou les deux.

Après deux mois en Inde épuisants et passionnants, c’est avec un grand besoin de calme et surtout un gros raz-le-bol des hommes – oui, pire qu’avant – que je pars aux Îles Andaman.

Je suis à l’aéroport de Chennai, en attente de mon vol pour Port-Blair. J’écris dans mon carnet depuis plusieurs minutes, peut-être même plusieurs heures. Je n’ai pas la notion du temps. Je tourne la tête vers l’écran d’affichage pour voir l’heure, et voir si il y a un changement ou quoi que ce soit.

Un homme s’était assis deux sièges à côté de moi, puisque j’avais mis mon sac sur mon siège voisin, pour que personne ne s’y assoit. Blasée je vous ai dit, non ? À coup sûr il se serait assis là, même si trois mille autres sièges étaient libres. Je commence à les connaître ces bêtes là.

Puis ça ne loupe pas, au moment où je lève la tête, il saute sur l’occasion pour engager la conversation.

« – Gate 2.
– Hein ?
– It’s gate 2. »

‘Tain mais les Indiens jamais de votre vie vous arrêtez! Est-ce que je t’ai demandé quelque chose mec?! Blasée je vous ai dit, blasée!

« – Ouai. »

Je retourne à mon carnet, quand, quelques minutes plus tard, le même :

« – Port-Blair ?
– *soupir* Yes. »

Uniquement pour le côté pratique, pour ne plus avoir à me tourner vers le panneau d’affichage, je lui demande si lui aussi. Je n’aurai qu’à me lever quand il se lèvera, et ainsi pouvoir rester concentrée sur mes textes.

« – Same. We have time before boarding ». me dit-il.

Avec un sourire.

Un sourire à trois millions de dollars.

Je pose mon stylo. Et j’engage la discussion. Oui, bon, des fois, la blasance peut-être relative, ça va!

Bref! Nous faisons connaissance, nous nous retrouvons à Port-Blair, passons du temps ensemble, et je découvre un gentleman. Si je vous raconte ça, c’est pour que les hommes vous en preniez de la graine, et que les femmes, vous sachiez qu’il y a encore de l’espoir!

Quand je lui ai demandé pourquoi il était comme ça, qui l’avait élevé, voilà ce qu’il m’a répondu :

« C’est mon père, il m’a appris que la femme était précieuse, qu’il fallait en prendre soin, faire attention à elle. Tu vois par exemple, je ne peux pas sortir avec n’importe qui, puis je ne vais pas le montrer en public, parce que je ne veux pas que les gens parlent. Je ne vais pas aller raconter non plus que je suis avec une fille, parce que je ne veux pas qu’après les gens se fassent des films, et se disent que si je peux l’avoir, eux aussi, ou que c’est une fille facile, etc. Puis si je porte tes affaires, ça n’est pas parce que tu ne peux pas les porter, mais parce qu’une femme devrait marcher librement. Et si je t’invite au restaurant, ça n’est pas parce que je pense que tu ne peux pas t’assumer seule, c’est parce que ça me fait plaisir de t’inviter, c’est tout. Et si je te respecte, c’est parce qu’il n’y a pas de raison de manquer de respect à une femme. »

Voilà voilà. En gros. Mais il y aurait tellement plus à en dire…

Nous nous sommes rencontrés un soir de Nouvelle Lune.

Nous nous sommes retrouvés un soir de Pleine Lune.

Et je ne pourrai jamais être assez reconnaissante de cette rencontre.

XXVIII

VOYAGE EN POLYNÉSIE
LEÇON DE SYNCHRONICITÉ – PART II

Lorsque nous étions en Polynésie Française avec Kip’, nous avons fait l’expérience de multiples synchronicités.

Aux Îles Andaman et Nicobar, que j’appelle la Polynésie Indienne, j’y ai vécu un peu la même chose.

Premièrement, si j’ai choisi les Îles Andaman, c’est parce que je n’en avais jamais entendu parler, si ce n’est de l’Île des Sentinelles, et que je trouvais le nom sexy, et en particulier celui de « Neil ». Un peu comme « Bora-Bora », son nom m’a attiré.

Comme d’habitude, je suis partie sans rien réserver, ni lire quel hébergement était recommandé ou non. Dès la salle d’embarquement, je rencontre une personne incroyable, d’abord à contre-coeur. Nous l’appellerons « Lui ».

Depuis Pondicherry, je n’arrêtais pas de voir les stickers et l’art d’Alias et Tona dans les rues. À Neil, en visitant à peu près toutes les guesthouse pour trouver celle où j’allais poser mon sac à dos pour un mois, je trouve la propriétaire de l’une d’elles, en train de faire visiter une chambre à un couple avec une flopée d’enfants insupportables, que j’avais croisé la veille au port de Port-Blair. Puis, elle me fait visiter une chambre avec sur la porte, un stickers d’Alias.

« – Oh Alias was here!
– You know him?
– I know his art.
– He left just this morning! »

Dès lors, j’ai su que cette guesthouse serait mienne, et cette chambre en particulier. La propriétaire me fait un prix défiant toute concurrence, sans que je ne demande rien : « I don’t know why, I like you. » Bon bah d’accord.

À la guesthouse précédente où je logeais, il y avait un homme qui logeait dans la chambre voisine. Je le croise le lendemain sur la route, puis le jour suivant, puis encore le jour suivant. Un moment donné, il va falloir se parler.

Cet homme, c’est John, un Québecois, peintre, et plus précisément portraitiste, à Québec l’été, au soleil en hiver. Ok. Bien. Il est arrivé en Inde le 12 décembre, comme moi. Il part de Neil le 23 février, comme moi – enfin ce qui était initialement prévu. À ce moment là je me dis que la vie a suffisamment insisté, et que nos chemins devaient inévitablement se croiser. Le lendemain, sans le savoir, c’est la chambre voisine qu’il prendra. Bien bien. John est un homme fascinant, et nous commençons à développer une amitié. Il me demandera de réaliser mon portrait la veille de mon départ.

Forcément, j’ai voulu lui demander ce qu’était l’art pour lui. Je savais que sa réponse allait être intéressante. Je lui ai donc demandé si il voulait participer au projet, et sans hésitation aucune, sa réponse a été un « Non » catégorique. Parce que John n’aime pas répondre à l’improviste comme ça, et surtout, si il commence à réfléchir à une réponse, ça sera plutôt une multitude de questions qui vont surgir. Il a essayé, et je confirme. Un vrai raisonnement de surdoué.

Un moment donné, il m’a dit « Tu dois me prendre pour un fou », ce à quoi je lui ai répondu « Quel artiste sensé n’est pas fou? ». Ce à quoi il m’a répondu :

« Ahah oui, mais moi je ne me considère pas comme un artiste. Enfin, quand je fais ces choses là, des portraits, je ne suis pas un artiste. Je ne suis que le médium, le médiateur. Je tente de reproduire de la façon la plus neutre possible ce que je vois. Je suis complètement neutre dans l’histoire, il n’y a pas de moi là-dedans. Ça n’est pas moi qui m’exprime. J’exprime ce qu’on m’envoie et ce que je reçois comme image. »

Voilà voilà. Passionnant, je vous dis.

Plus tard, à force de me voir écrire, Bina, la propriétaire de la guesthouse, me demande ce que je fais. Je lui explique que j’écris un livre. Elle me dit qu’elle aussi. Je lui explique le sujet. Elle me dit qu’elle aussi. Elle m’a senti quand je suis venue visiter sa guesthouse, je suis persuadée qu’il y aura une suite à tout ça.

À court d’argent, et sans moyen de contacter « Lui » depuis dix jours, je craque et prend un bateau pour Havelock. L’idée : si il ne m’a pas oublié, je retourne à Port-Blair, si il m’a oublié, je retire des sous, prolonge mon permis, et reste trois semaines de plus à Neil. Non seulement, il ne m’a pas oublié, mais en plus, il a pris un jour off le lendemain pour venir me chercher à Neil, qu’il a changé au dernier moment pour Havelock. Voilà voilà.

Ensuite, toujours à Havelock, je rencontre un groupe d’amis qui logeaient à cette même guesthouse, à Neil. J’aurai beaucoup aimé les connaître plus, mais l’occasion ne s’est pas présentée. Quand ils sont partis, avant moi, ils étaient supposés retourner à Port-Blair, puis en Israël. Et j’avais complètement oublié de leur laisser mon contact. « Tant pis », m’étais-je dis. Alors j’étais très contente de les revoir, à Havelock, où nous avons passé du temps ensemble, et échangé nos contacts.

De retour à Port-Blair, je croiserai de nouveau l’un d’eux, dans la guesthouse où je logeais, et passerai des moments tous plus magiques les uns que les autres avec « Lui ».

J’aime quand la vie agit comme si, dans un futur ou dans une dimension parallèle, j’avais parsemé des petits cailloux pour me montrer que j’étais sur la bonne voix. Ces moments qui vont laissent penser que vous êtes exactement là où vous devez être, au bon endroit, au bon moment.

XXIX

DEMAIN, C’EST LOIN!

« – Tu dors où demain à Port-Blair?
– Je ne sais pas.
– Et tu pars quand et tu vas où après Port-Blair?
– *** aaaaaah l’angoisse dans ma tête toutes ces questions *** Je ne sais pas.
– Mais qu’est-ce que tu sais Jessica?!
– Que j’aime ce moment là maintenant tout de suite? »

Assis devant ce lever de Lune absolument incroyable, je sentais bien que ma réponse l’agaçait et que Lui parler du moment présent avait beau le faire sourire, ça n’avait pas vraiment eu l’effet escompté. Il ne pouvait pas concevoir que je voyage au jour le jour, ou presque. Ça n’était ni conscient ni très sécuritaire, selon lui. Bon, il n’avait pas entièrement tort, certes.

Mais je n’y peux rien… Non seulement je ne suis pas capable de prévoir à l’avance ce que je vais faire, mais en plus, ça me stresse. En plus, si je prévois quelque chose à l’avance, j’ai toute la vie pour changer trois mille fois d’avis (je suis une femme hein, ne l’oubliez pas)! Alors pourquoi perdre mon temps à prévoir? Jusqu’à maintenant, ne rien prévoir m’a plutôt porté chance, et a apporté son lot de bonnes surprises.

Pour moi ne rien prévoir, au delà du fait que je ne puisse pas vraiment faire autrement, c’est comparable à la méditation : c’est faire le vide, pour laisser place à… tout! Parfois, c’est bien de prévoir, ça peut faire gagner du temps, de l’argent… Mais lorsque je prévois, j’ai l’impression de fermer une porte. De mon couper de mon intuition. Puis, ça ne m’excite pas de prévoir. Partir à l’improviste à un endroit que je ne connais pas sans savoir où je vais dormir ni combien de temps je vais rester, c’est stressant pour mes proches, un peu pour moi aussi, mais qu’est-ce que c’est excitant!

C’est comme sauter d’une falaise de dix mètres au dessus de la mer à Koh Lanta sans trop savoir où ni comment on va atterrir, c’est comme sauter en parachute à dix mille mètres d’altitude en espérant que son parachute s’ouvre mais sans en être non plus certain à 100%.

Ne rien prévoir, c’est comme dire à l’univers, « Hey salut, je suis prête, je te fais confiance, tu me prépares quoi là, vas-y vas-y, j’attend! ».

Puis si je ne pense pas à demain, c’est parce que demain, c’est loin

XXX

VOYAGE EN INDE ET HYPERSENSIBILITÉ

Vivre en société lorsqu’on est hypersensible peut s’avérer quelques fois compliqué.

Voyager lorsqu’on est hypersensible peut l’être encore plus.

Mais alors voyager en Inde lorsqu’on est hypersensible…

C’est quand le terme a commencé à être à la mode dans les médias, que j’ai découvert que j’étais concernée. Je pensais juste avoir la peau fragile, l’odorat un peu trop affuté, l’ouïe qui ne captait pas les sons normalement et des yeux qui supportaient mal la lumière. Finalement, tout est normal – enfin, normal au pays de l’hypersensibilité – et adaptable. À la longue, on sait ce qu’on est capable de supporter ou non, et on vit avec. Ne pas prendre les transports en commun aux heures de pointe, faire ses achats sur internet ou au pire aller aux magasins en pleine semaine dans la matinée quand il n’y a personne, ne surtout pas mettre les pieds dans une parfumerie et encore moins célébrer le 14 juillet avec ses feux d’artifices, éviter les boîtes de nuit et leurs jeux de lumière, avoir toujours ses écouteurs avec soi ne serait-ce que pour faire office de boule Quies, éviter les soirées, les manifestations et tout autre style de grands rassemblements, s’aménager beaucoup de temps au calme et seule… sont autant de stratagèmes mis en place naturellement au fil du temps pour vivre sereinement.

Lorsqu’on voyage, l’exercice peut s’avérer difficile, mais pas impossible.

Enfin ça, c’est ce que je pensais avant de partir en Inde.

L’Inde ne ressemble à rien d’autre… qu’elle-même! Aucun points de repère, un chaos organisé apparent, des airs d’un autre temps. L’Inde, il faut la vivre pour comprendre, ça n’est pas une légende. Quoi qu’il en soit, l’Inde peut mettre à mal les hypersensibles.

La proximité physique. La notion d’intimité et d’espace personnel ne semble pas exister en Inde. Du coup, quand on est très sensible au toucher ça peut vite devenir désagréable dans les rues bondées par exemple, ou encore dans les files d’attente ou chacun est collé l’un à l’autre. Mais genre, vraiment. Tellement que par exemple vous ne pouvez même pas accéder à votre poche. Sans parler des transports en commun que l’on ne prendra qu’une seule fois, pas deux. Par contre l’avantage, c’est qu’ici on ne fait pas la bise et on évite même tout contact physique pour dire bonjour (oui c’est paradoxal mais l’Inde toute entière est un paradoxe).

Dans la catégorie proximité physique, on pourrait ajouter les regards. Les Indiens en ont très bien conscience et appellent ça l’over-staring shameless, une vidéo en témoigne rapidement, mais elle ne représente vraiment qu’un dixième de la réalité. Vous mettez un pied dehors, peu importe comment vous êtes habillée, coiffée, c’est trois mille regards qui sont posés sur vous, en permanence, que vous bougiez, que vous soyez immobile, que vous parliez ou non. Les regards sont tellement insistants et soutenus que vous avez l’impression d’être touché physiquement. Vous êtes comme une attraction ou un animal de zoo en liberté. C’est insupportable, mais vraiment insupportable.

Du bruit. Tout le temps, partout, fort. Tôt le matin, c’est l’insupportable klaxon du vendeur de pain à vélo qui nous donne l’impression de s’être réveillé dans un stade de foot. La journée, ce sont les moteurs des rikshaw, des scooters et des voitures. Et leurs klaxons! En Inde, le klaxon fait partie du code de la route, d’ailleurs au dos des camions il est inscrit « S’il-vous-plaît klaxoner ». On klaxonne quand on croise une voiture, quand on suit une voiture, quand on veut dépasser, quand un piéton est sur le trottoir… Juste pour dire « Héé salut je suis là. » C’est d’ailleurs dans une rue de Calcutta que j’ai failli atteindre ma limite… Je vous en donne un soft aperçu dans le sixième épisode de « Slow Travel ». À cela viennent s’ajouter les chauffeurs de rikshaw, les rabatteurs d’hôtels, les vendeurs de rue, qui vous barrent la route et vous hurlent de venir les voir. Envie de se poser dans un café pour un peu de répit? Soit les Indiens sont complètement sourds, soit ils n’aiment que la musique à fond. J’opterai pour la deuxième option en les voyant discuter tout à fait normalement quand moi je suis incapable de me concentrer sur ce que dit mon interlocuteur. Si vous vous trouvez près d’un temple hindou, c’est le bruit des feux d’artifice envoyés en offrande à un des dieux vénérés qui vous fera sursauter toutes les deux minutes en vous nouant l’estomac. Quand vient le soir, les chiens sauvages prennent le relai, et les coqs complètement déréglés les accompagnent de leur chant, toute la nuit durant. Vous trouvez une chambre d’hôtel confortable dans une ruelle éloignée de la rue principale? Génial, un peu de calme! Mais non, c’était sans compter les Indiens qui investissent les couloirs et parlent aussi fort que si ils voulaient se faire entendre jusque dans l’espace. Vive Neil Island.

Pour ce qui est de la vue, j’ai plutôt pu prendre mon pied en Inde, c’est « beau » dans mon sens, c’est-à-dire naturel et naturellement artistique, et pas de problème avec les lumières parce que sortir le soir pour une femme… Voilà quoi. Idem pour l’odorat, ça pue mais c’est naturel, donc pas de problèmes de maux de tête et de nausées avec les odeurs artificielles pour ma part. Par contre le choc a été à mon passage furtif en Thaïlande, où l’odeur de viande cuite envahit les rues, après trois mois dans un pays où, à mon grand bonheur, cette odeur était quasi absente de tout paysage!

Chaque hypersensibilité est différente, et pour moi le bruit, c’est vraiment mon point faible. Je pense que c’est ce qui m’a le plus épuisé en Inde, me demandant des efforts de concentration énormes.

L’Inde quand on est hypersensibles, ça n’est pas impossible, mais il faut être prêt quoi. Pour info, j’ai mis dix jours à m’en remettre.

XXXI

TROIS MOIS EN INDE,
OU PRESQUE

Après trois mois en Inde, ou presque, j’ai finalement pris la sage décision, non sans mal, de quitter l’Inde, et de ne pas visiter le Nord. Je ne me sens plus du tout en sécurité depuis un moment, et je suis épuisée par le bruit, l’agitation, les arnaques, et l’extra-over-too-much staring.

L’ITINÉRAIRE

Dans l’article de mes 27 ans, je vous parlais de l’itinéraire prévu, voici celui que j’ai finalement réalisé :

Puis en parlant de ça, encore une fois j’aimerai vous remercier infiniment Olivier, Enjay, Jean-Michel, AE, Marie-Hélène, MayB, Paul, Blue, Sylvie, Frantz, Betty, Kip, Yann, Miguelle, Mylène, Pierre, Maty, Eric, Alizée, Sabrina et Nathalie. Vous m’avez permis de prolonger ce voyage et d’en faire ce qu’il a été. ♥

BILAN?

Il est beaucoup trop tôt pour faire un bilan, je n’ai pas encore le recul nécessaire, surtout que ce voyage a été intense à l’extrême. En si peu de temps, je ne pensais pas vivre autant.

La première question que l’on va me poser en rentrant, c’est « Alors, c’était comment, tu as aimé ? ». Je ne saurai absolument pas quoi répondre, parce que je ne sais pas si j’ai aimé, ni si j’ai détesté, ou si je l’ai simplement vécu, tel quel, et puis je ne saurai pas par où commencer pour expliquer comment c’était.

« Ni agréable, ni désagréable, cela est, sans plus. Istigkeit, soit le fait d’être selon Eckhart. » Aldous Huxley dans Les Portes de la Perception

Ce pays m’a totalement fait perdre la notion de mes sentiments : j’ai l’impression de le détester, mais je ne veux pas le quitter et je veux en visiter chaque recoin et connaître toute son histoire et comprendre toute sa culture…

EN VRAC, AU SENS PROPRE COMME AU SENS FIGURÉ

J’ai d’abord détesté. Puis j’ai aimé. Puis j’ai été confuse. J’ai été choquée. Je suis tombée malade. Trois fois. J’ai dépassé mes limites. J’ai eu peur. J’ai grandi. J’ai appris. Beaucoup. J’ai craqué. J’ai pleuré. Plusieurs fois. Je me suis sentie perdue. Je me suis sentie exactement là où je devais être. Je me suis perdue. Puis je me suis trouvée. J’ai libéré mes peurs. Et je les ai affrontées. Presque toutes. Je me suis affirmée. J’ai ouvert mon cœur. J’ai fait confiance. Je lui ai fait confiance. J’ai écris un livre. Je suis tombée amoureuse. J’ai vu des couchers de soleil époustouflants. J’ai vu le plus beau lever de Lune de ma vie. J’ai fait un voyage astral. J’ai packé. Dépacké. Trop souvent. J’en ai eu marre. Puis j’ai eu envie d’en voir encore plus. Toujours plus. J’ai voulu du roots. J’ai voulu du luxe. J’ai changé d’avis trois millions de fois. J’ai laissé derrière moi quelques bagages émotionnels. J’ai quitté mon passager noir. J’ai remis en question trois millions de choses. Sur ma vie. Sur la vie. Sur l’existence. J’ai été blasée. J’ai été extasiée. J’ai fait une overdose de bonheur au point d’en verser des larmes de joie. Je me suis faite des amis. Des contacts. Et même des clients. J’ai rencontré des personnes incroyables. Ici, physiquement. Mais à distance aussi, grâce à mes articles. La distance m’a rapproché de certaines personnes. Mes amis m’ont manqués. Ma famille m’a manqué. J’ai eu peur de les perdre. J’ai hâte de les retrouver. De les voir. De les honorer. De leur dire à quel point je suis reconnaissante de les avoir dans ma vie. Montréal me manque. J’ai presque eu envie de son hiver. Les concerts me manque. « Travailler » m’a manqué. Puis finalement non. J’ai appris. Beaucoup. Sur moi. Sur les autres. Sur le monde. Sur l’amour.

LE RETOUR ?

Je quitte l’Inde à la fois triste et nostalgique, et à la fois pressée et soulagée. Le Nord de l’Inde ne se fera pas cette année, et Holi non plus…

Sur la route menant à l’aéroport j’ai eu envie de m’arracher les oreilles et de leur hurler d’arrêter ces klaxons incessants. Image contrastée par de magnifiques feux d’artifice qui éclatent soudainement et qui m’émeuvent. Ooh India et tes sentiments paradoxaux…

Je quitte donc l’Inde, non sans mal… Parce que je ne suis jamais rassasiée. Parce qu’il va me manquer. Parce qu’aujourd’hui, plus fatiguée que jamais, j’appréhende le retour tout en aillant hâte. J’appréhende un choc culturel inverse. J’appréhende le froid. La ville. Le manque de soleil. Le manque de nature. Le manque de Lui. Mais j’ai hâte de rentrer en même temps. De constater les effets de ce voyage incroyable sur moi. De publier mon livre. De voir mes proches. De reprendre des forces. Me reposer… Puis repartir!