MISSION D’EXPLORATION
AU LAOS

Deuxième partie | Luang Namtha

septembre – octobre 2017
par Jessica Valoise

11 septembre 2017
Huay Xai (ຫ້ວຍຊາຍ)

Réveillée depuis 3h30 du matin, je suis un peu fatiguée et démotivée par cette pluie qui n’a cessé de tomber jusqu’au petit matin. Je pars pour Luang Namtha aujourd’hui, dans l’espoir d’avoir une météo plus clémente, et à défaut, un bon wifi qui me permettrait de publier dans mon journal et de mettre à jour mes autres reportages.

Je prévois de louer un scooter, mais je ne suis pas certaine de l’idée, vue les prévisions météorologiques. On verra bien…

Un des enfants de Daauw part à l’école, la mine triste, son sac Mignons sur le dos. Visiblement, il faut s’y prendre un peu à l’avance avant de partir, le temps de recevoir un gros câlin de la part de tout le monde, sans exception, à la maison. De quoi partir rempli d’énergie!

À la station de bus de Luang Namtha © 14.09.2017 Jessica VALOISE

En route pour quatre heures de mini-bus. C’est très inconfortable à l’intérieur. Un papi est assis à côté de moi et regarde tout ce que je fais. Ma caméra, ou du moins, ce que je prend, semblent l’intriguer. Un enfant, en plein crise de ce qui ressemble à une crise d’autisme hurle comme je n’ai jamais entendu hurler. Une mère menace son bébé en me montrant du doigt (WTF?!) chaque fois qu’il commence à faire un caprice, soit, toutes les cinq minutes.

Mais dehors… Dehors! Une nature époustouflante de part et d’autre de la route. Avec parfois des cascades qui se dévoilent, juste le temps d’ouvrir la bouche pour laisser sortir un « wow » d’émerveillement.

Des maisons-cabanes plus ou moins grandes défilent, en bois, montées sur pilotis, accessibles par une échelle mobile, aux toits en tôles ou en paille. Sous les maisons, parfois des scooters ou des vélos, souvent des lignes de linges chargées, mais toujours, toujours le hamac!

Chaque traversée de village nous offre des instants de vie furtifs, tels des chaînes de télévision que l’on zapperait trop rapidement.

Vers huit heures, le beau temps réapparaît pour laisser place à un ciel bleu pour le reste de la journée. Ça fait maintenant deux heures que nous roulons, et j’aurai misé sur une heure, voir quarante-cinq minutes tellement ces paysages ont la capacité d’arrêter le temps.

© 2017 Jessica VALOISE

Arrivée à The Boat Landing, grosse surprise : c’est en fait fermé pour travaux de rénovations.

Liam me conduit à ma chambre – qui ne donne malheureusement pas directement sur le Mékong. Grande, confortable, très jolie, d’un luxe épuré et naturel. Le repas est excellent, et restera même le meilleur repas de mon voyage : du riz collant et du bambou farci au tofu. Si je ne me fie qu’à ce repas, les avis plus qu’élogieux sur la nourriture de cette place disent alors vrai! Les toiles d’araignées dans la chambre témoignent d’une probable longue fermeture, qui semble accommoder les deux mini-grenouilles qui y logent.

12 septembre 2017
Luang Namtha (ມ. ຫລວງນໍ້າທາ)

Réveil à 5h30 ! Je commence à m’adapter, doucement mais sûrement ! Grosse pluie à 6h. Gros soleil à 7h30. L’endroit est vraiment magnifique. En saison, j’imagine bien un mariage ici ♥

Je m’en vais visiter le centre-ville. 20 000 kip le tuk-tuk, vu que je suis toute seule… un peu embêtant cette affaire là. Arrivée, le kiff total, me balader à pieds seule – bien que j’ai des choses précises à faire.

Ici, il y a onze agences qui proposent des treks sur un ou plusieurs jours. Chaque agence a son propre itinéraire et ses propres villages à visiter. 3% des bénéfices vont au village – il s’agit là d’une obligation imposée par le gouvernement.

Je ne sais pas trop quoi penser de ce type de visites sur le coup, mais je sais que ça me met mal à l’aise. Ça serait bien pourtant que j’en fasse une, pour mon exploration, mais… J’ai l’impression que c’est comme aller au zoo. Je ne me sens pas vraiment à l’aise avec ça. Je ne sais même pas si j’oserai prendre des photos si j’y allais et qu’on se retrouvait à plusieurs touristes comme ça…

J’en parle à Francis, de Village Monde, et il me dit de suivre mon feeling, ce qui me rassure.

Bamboo Lounge © 2017 Jessica VALOISE

Je découvre Bamboo Lounge – http://bambooloungelaos.com/, et décide de m’y installer pour travailler. Il s’agit d’un restaurant-école, qui permet à des villageois issus de minorités ethniques d’apprendre le service, le management, la cuisine et l’anglais. Les bénéfices servent à financer le programme « Books in Schools » : dans la plupart des écoles, les étudiants n’ont qu’un manuel scolaire pour trois. En 2017, Bamboo Lounge avait déjà donné plus de 2800 manuels scolaires.

Ces initiatives sont importantes. Une des richesses du Laos se trouvant dans le tourisme, il est important pour eux de savoir parler anglais, et de se former aux métiers du tourisme.

Ils ne donnent pas de bouteilles en plastique mais offrent une fontaine d’eau gratuite pour remplir nos bouteilles, leurs pailles et serviettes fabriqués par les locaux sont réutilisables et en vente. Oh et puis, ils ont une super carte avec options vegan et sans gluten! Bien que dans la plupart des plats traditionnels il n’y a pas de gluten, et que partout il y a des choix sans produits animaux! C’est juste que là, il y a des pancakes sans gluten quoi! Ce n’est pas négligeable!

Lunch, Bamboo Lounge © 13.09.2017 Jessica VALOISE

13 septembre 2017
Luang Namtha (ມ. ຫລວງນໍ້າທາ)

Pluie. Encore! Surprise surprise : le total des repas à The Boat Landing : 80 000 kip. Tuk-tuk à 30 000 kip pour aller à mon prochain hébergement.

Arrivée comme prévu à Thoulasith à 8h : pas de chambre prête avant 10h. Mon programme est entièrement décalé. J’ai hâte de prendre une douche et de me laver les cheveux. Je vais manger à Bamboo Lounge en attendant et avancer sur mes affaires, ET manger des pancakes sans gluten!!

10h, toujours pas de chambre prête chez Thoulasith, alors je m’assois pour attendre. Au moment où je sors tranquillement un livre pour patienter, le propriétaire décide de me surclasser dans une chambre double. Chambre propre, d’une simplicité suffisante, le rapport qualité-prix défie toute concurrence!

Vue de Thoulasith © 12.09.2017 Jessica VALOISE

Je m’en vais maintenant découvrir les chutes Nam Dee. La route à vélo est vraiment longue et difficile. Mais ça valait la peine! J’ai vu des paysages à couper le souffle. Et des scènes de vie féériques. J’ai pris quelques photo, mais il y a aussi toutes celles que j’ai laissé s’imprimer dans ma mémoire.

Ces photos, c’est aussi toutes celles que je ne prendrai pas. Comme ces enfant jouant sur le pont de la rivière, ces trois petites filles en uniforme, au milieu du pont, parmi les enfants en short de bain. Tellement photogénique. Tous ces paysages, je ne m’arrêterai pas toutes les secondes pour prendre des photos. Ou encore cette poule au bord de la route et sa dizaine de petits poussins. Ces nombreuses femmes qui marchent avec des parapluies se protégeant du soleil. Ces écoliers qui rentrent de l’école en scooter, avec leurs uniformes bleus. En vélo, tenant parfois un parapluie sur le vélo. Ce moine bouddhiste à la robe safran, sur son scooter avec un parapluie rose. Ce gamin sachant déjà faire du vélo à deux roues, trop grand pour lui. Et toutes ces photos que j’ai déjà oublié.

Sur le chemin retour, après avoir grimpé tout en haut, un groupe me propose de me joindre à leur pique-nique. Enfin ces moments que j’aime tant! C’était super bon! Puis au moment de partir, Kham Lek, le meneur du groupe, me propose de me ramener et de mettre mon vélo dans le pick-up! Youpi! Alors que je me disais que je n’aurai jamais la force de faire tout le chemin retour! Bon, par la suite il s’est avéré que Kham Lek me draguait, m’indiquant plusieurs fois quel était son hôtel et m’invitant en discothèque. Mais bon, tranquille.

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Aux chutes Nam Dee © 2017 Jessica VALOISE

14 septembre 2017
Luang Namtha (ມ. ຫລວງນໍ້າທາ)

Après avoir fait le tour du centre ville de Luang Namtha (très rapide), je décide de refaire une partie du chemin que le bus avait emprunté dans les montagnes, notamment pour visiter et évaluer un hébergement dont le panneau indiquait « Chaleunsuk Homestay Village ».

16km aller, 16km retour. Le tout, à vélo. Sans vitesses. Sans freins. Un cadre. Deux roues. Et une selle étonnamment très confortable.

Ça n’était pas particulièrement conscient de ma part, étant donné la chaleur, et les montées que je n’avais pas calculées. Bah oui, on est en montagne! Après 1h30 d’efforts où j’ai bien cru que je n’y arriverai jamais, c’est avec surprise que je reçois un accueil hostile de la part de l’hôte du homestay. Juste un « NO! » ferme et légèrement agressif, à ma demande de rester au village. Je ne saurai jamais pourquoi.

Je repars donc, puisant dans ma frustration les forces nécessaires pour rentrer. Dans tous les cas, j’en ai encore pris plein les yeux, et durant ce trajet, bien qu’adepte du format paysage horizontal, j’ai compris que l’immensité vertigineuse du Laos se racontait à la verticale.

Luang Namtha (ມ. ຫລວງນໍ້າທາ) © 2017 Jessica VALOISE

De retour à Thoulasith, le propriétaire avait réservé mon billet de bus pour le lendemain, et écrit dessus en laotien où je devais descendre. Il est hyper serviable, vraiment sympa!

Donc demain, direction les bungalows dans un village, pour deux nuits. Je me demande par contre, comment je rejoins Luang Prabang après. Ils le sauront forcément sur place.

LUANG NAMTHA (ມ. ຫລວງນໍ້າທາ), Région de Luang Namtha

© 2017 Jessica VALOISE

Je pensais en avoir pris plein la vue lors du trajet en bus, mais ça ne s’est pas arrêté là.

Luang Namtha (ມ. ຫລວງນໍ້າທາ) est d’une beauté et d’un charme saisissants! Difficile d’imaginer qu’une partie de la ville fut totalement détruite lors des bombardements des années 70! Je suis certaine que je devais avoir cette mine agaçante du touriste, caméra autour du cou, tête en l’air, sourire niais jusqu’aux oreilles en traversant cette ville et toutes ces nuées de papillons blancs. J’ai eu l’impression d’un savoureux mélange de la ville de Pondicherry en Inde, et de l’île de la Martinique.

The Boat Landing, un des premiers ecolodges au Laos et pionnier et défenseur de l’ecotourisme à Luang Namtha, est une entreprise familiale. Aujourd’hui, c’est Liam, le fils des propriétaires, qui reprend les rênes, formé par sa tante, Jane, manager d’hôtels, permettant l’emploi de quinze locaux en basse saison, et bien plus durant la haute saison.

Situé au bord de la rivière Nam Tha et à 6km du centre-ville, le site est véritable havre de paix. Les 11 bungalows sont construits avec des matériaux locaux, dans le style des maisons en bambou que l’on trouve dans les villages. L’eau est chauffée grâce à des panneaux solaires. Il est demandé de faire attention à l’électricité, et de préserver et respecter l’équilibre de la faune (fourmis, moustiques, papillons, grenouilles, oiseaux, serpents, rats, geckos) en la laissant vivre et s’auto-gérer.

À l’arrivée de chaque visiteur, des créations faites à la main par les villages voisins, sont offertes, comme un avant-goût de ce qu’on pourrait y trouver – nous encourageant fortement à aller supporter l’économie locale.

The Boat Landing © 2017 Jessica VALOISE
Merci à Liam et Jane qui m’ont offerts gracieusement ces deux nuits à The Boat Landing.