MISSION D’EXPLORATION
AU LAOS

Septième partie | Si Phan Don (Les 4000 Îles)

septembre – octobre 2017
par Jessica Valoise

03 octobre 2017
Don Daeng

 

Après quelques heures de bus, de barque privée, puis de marche sous la chaleur assommante du sud avec mes 12kg sur le dos, j’arrive à la Folie Lodge. L’accueil est aussi remarquable que le lieu. Tout est absolument magnifique. La chambre avec vue sur le Mékong et la bibliothèque du restaurant me donnent envie de rester là au moins une semaine!

Au restaurant à la décoration impeccable et à l’éclairage tamisé, les prix sont environ deux à trois fois plus cher qu’ailleurs. Malgré la petitesse de l’île (27km²), il y a d’autres alternatives : un ou deux restaurants, et des vendeuses au bord du chemin, là principalement pour les locaux, alors bonne bouffe assurée!

L’histoire de la Folie Lodge est très intéressante. Beaucoup d’actions sont menées, bien qu’elles me semblent minimes par rapport aux bénéfices potentiels du lodge. Mais ça n’est qu’une supposition.

« Les cigales du matin avaient laissé la place à celles de midi. Leur chant plus strident dans les aigus atteignait une intensité à la limite du supportable. Ensuite viendraient celles de l’après-midi à l’accent provençal puis pour terminer, celles qui imitent à la perfection le bruit d’une scie circulaire qui s’arrête, reprend deux ou trois fois et finit en mourant, comme dans un concert programmé où chaque intervenant a son propre créneau horaire qui n’empiète jamais sur celui des autres. »

– Le Radeau de Bambou, Bounmy

05 octobre 2017
Don Khong

J’ai passé sur Don Daeng autant ma meilleure nuit que ma pire nuit.

C’était très agréable la Folie Lodge.

Puis le lendemain, je devais évaluer Community Lodge. Seulement, il était fermé car l’eau et l’électricité ne fonctionnaient pas depuis plusieurs semaines – alors que nous avions appelé la veille et que mes nuits avaient été confirmées. Du coup, on me propose Community Guest House. Il s’agit d’un système mis en place par le chef de l’île : plusieurs habitants ont des chambres à disposition pour des visiteurs. Lorsque ceux-ci en font la demande, le chef doit d’abord accepté que ces visiteurs logent sur l’île, puis par un système de roulement, choisi l’habitant qui les accueillera.

Je suis donc « accueillie » par une famille, qui ne semblait pas très enchantée… La chambre est étouffante, la propreté plus que moyenne, la femme ne cesse de se moquer de mes cheveux, le repas m’est servi sur la terrasse pendant qu’ils mangent ensemble à l’intérieur… Heureusement c’est une autre histoire avec les enfants avec qui je sympathise et me promène un peu sur l’île. Je le laisse s’amuser avec mon appareil photo et mon téléphone.

Ce matin je suis alors partie en bateau depuis La Folie Lodge, pour ensuite prendre un bus pour la prochaine île, plus au sud, Don Khong, où il me reste un dernier hébergement à évaluer, Sabaidee Donkhong Homestay.

C’est un agent de l’office du tourisme super sympa et drôle, qui parle un peu français qui me rapprochera en voiture de Sabaidee, le bus me déposant au bord de la route, à plusieurs dizaines de kilomètres de l’île.

Il me reste un peu de chemin à pieds pour atteindre Sabaidee, quand un énorme buffle me barre la route… Je fais demi-tour, pas moyen que je passe là! À ce moment, deux filles en scooter arrivent, alors j’en profite pour marcher rapidement à leurs côtés lorsqu’elles passent devant l’énorme bête!

Sabaidee Donkhong Homestay a été créé il y a tout juste deux ans par Khamla. L »organisation et l’accueil ne sont pas au top, ma chambre n’est pas prête et il y a des travaux très bruyants afin de construire de nouvelles chambres (qui s’annoncent super, en hauteur, de type petites cabanes!).

Je pose alors mes affaires et pars à la recherche d’un restaurant, n’ayant pas mangé ce matin : deux fois on me dit juste « non », je ne sais absolument pas pourquoi. Au troisième restaurant, on me donne le menu, alors qu’il n’y a qu’un plat de disponible! Ici, une fois sur trois on ne te répond pas quand tu dis « Sabaidee » (=bonjour) ou on te regarde comme un hurluberlu. J’irai sur Don Khon demain.

En rentrant à Sabaidee, l’appellation « Homestay » prend tout son sens : aujourd’hui, c’est la Pleine Lune, et « Boun Ok Phansa » a lieu. Il s’agit de la fin des trois lunes de carême bouddhiste, qui marque aussi la fin de la saison des pluies (bon, il continue à pleuvoir tous les jours). Khamla nous propose alors, aux quatre autres locataires et moi, de partir en bateau assister aux célébrations de ce festival. Nous partons donc éclairés par la lune haute dans le ciel.

Les bougies et lampions, confectionnés notamment à partir de bambou et papier d’écorce de mûrier, qui éclairaient les temples et maisons la veille sont lâchés dans les airs. Des petits radeaux fabriqués par les fidèles sont déposés sur le Mékong, transportant les offrandes destinées à implorer la protection des esprits du Mékong.

Un spectacle magique, accompagné d’éclairs violents dans le ciel, le rendant presque dramatique.

06 octobre 2017
Don Khong

Je suis au bord de la route, j’attend Khamla.

Je suis partie ce matin de Sabaidee, Khamla me déposant au bord de la route pour prendre le bus pour Don Khon. Arrivée là, je réalise que j’ai oublié mon téléphone au Homestay!! Khamla a donc fait demi-tour sans moi pour aller le récupérer plus rapidement. Donc maintenant, j’attend. Espérant avoir mon téléphone. Espérant avoir mon bus. Espérant avoir de la place chez Nok Noy. Espérant que ça soit propre. Espérant qu’il y ait du Wi-Fi. Je n’ai absolument aucune idée de l’heure qu’il peut être. Mais j’ai l’impression qu’il est parti depuis longtemps… Situation stressante au max…

À Sabaidee, j’ai rencontré Maggie, la grand-mère la plus attachante qui soit. Alors qu’elle n’en a que l’âge, j’utilise cette appellation non pas dans une habitude sociale mais pour sa connotation affectueuse de cette dame réconfortante qu’on a envie de câliner et qu’on se plaît à écouter des heures entières nous parler de ses nombreux voyages et expériences.

Lorsque Khamla revient, avec mon téléphone, tous les bus sont déjà passés sous mes yeux pour Don Khon. Il me propose donc de m’emmener jusqu’à l’embarcation en scooter.

08 octobre 2017
Don Khon

11h11 – Je vais au restaurant Chez Fred et Lea dans l’intention d’y travailler toute la journée, le Wi-Fi étant excellent… pas de Wi-Fi aujourd’hui! Bon. Je n’ai pas grand chose à y faire, autant me concentrer sur l’écriture, la préparation des publications, éventuellement commencer la vidéo de mon voyage.

Je loge chez Nok Noi, une petite guesthouse de quatre chambre, avec un restaurant. Les chambres sont basiques, sans fenêtre, avec un hamac sur le balcon commun. C’est très bruyant, entre le coq, la musique, la fille de la famille tenant la guesthouse qui chante en permanence avec sa voix de chèvre… Lorsque je suis arrivée, ma chambre n’avait pas été nettoyée, il y avait des cheveux dans la salle de bain, les poubelles pleines… Je n’osais pas trop mais j’ai fini par demander le nettoyage au moins de la salle de bain, ce qui n’a pas semblé les enchanter… Il faut reconnaître que c’est un peu difficile de dealer avec les Lao quand-même.

12h03 : Internet remarche. Je vais pouvoir terminer et envoyer les fiches d’évaluation de Sabaidee Homestay et Nok Noi, rédiger et publier les paragraphes descriptifs de Daauw Homestay, The Boat Landing Guesthouse, Nam Nga Bungalows et Fruitfriends Fairstay, mettre à jour la carte de mon itinéraire et la description des hébergements, mettre à jour l’itinéraire effectué avec les non-visites et pourquoi, écrire à Francis, programmer les publications sur Instagram.

Hier, j’ai fait le tour de Don Det, l’île juste en face de Don Khon, reliée par un simple pont. Un peu plus d’1h30 de marche, quel bonheur! L’île semble en majorité abandonnée, peut-être est-ce simplement pendant la saison des pluies. Et alors que les adultes sont encore toujours si aimables (ironie), les enfants sont adorables! J’y ai fait la rencontre d’un petit groupe qui tenait absolument à ce que je les prenne en photo! Ils ont bien ri en se voyant. En partant, la plus petite me dit « Bye » en m’envoyant un bisous dans les airs.

16h30. Je me suis promenée sur l’île après le resto. J’étais trempée de sueur au retour, mais ça fait du bien de retrouver cette sensation de se balader à pieds, sans but, sans contrainte horaire. Les gens étaient très aimables aujourd’hui, et je ne peux m’empêcher de me demander si ma coiffure y est pour quelque chose… Hier j’avais mon gros chignon, aujourd’hui mes vanilles. Je n’ai pas vraiment de moyen de le savoir.

J’assiste en ce moment à la scène la plus mignonne d’un pays où les animaux de compagnie ne sont pas des animaux de compagnie : la madame de la guesthouse, nourrissant ses chiens et chats à la main, en formant des boulettes de riz gluant fourrées de pommes de terre, et leur donnant à la gueule chacun leur tour.

Je reste quelques nuits pour me reposer, et je partirai le 12, direction Captain Hook, pour réaliser un documentaire sur ce village passionnant.

SI PHAN DON (ສີ່ພັນດອນ) – Les 4000 Îles, Province de Champasak

Si Phan Don (ສີ່ພັນດອນ) est un archipel situé au milieu du Mékong au sud du Laos et au nord du Cambodge. Il ne contient en réalité pas tout à fait 4000 îles.

On passera idéalement deux nuits à Don Daeng, deux nuits à Don Khong ou plus si l’on veut aider à la Sabaidee Donkhong Homestay, et on terminera par six nuits de repos, au choix sur Don Khon ou sur Don Det, reliées par un pont. On choisira Don Khon pour la tranquillité, Don Det pour la fête et la marijuana.

Nous sommes au début des années 2000, lorsque Antoine de Noailles, héritier d’une famille noble française, duc de Mouchy, duc de Poix, avocat, ancien maire de Mouchy-le-Châtel et accessoirement grand voyageur, tombe amoureux du Laos, et plus particulièrement de Don Daeng, île vierge de toute voiture, accessible uniquement par pirogue à moteur, et où il y construit son pied à terre. À cette époque, l’île n’a pas d’électricité, et c’est avec la création, en 2007, de son lodge « La Folie », terme du dix-huitième siècle signifiant « maison de plaisance », que Antoine de Noailles souhaite améliorer le bien-être des habitants de l’île tout en préservant leur culture et leur environnement.

Situé en face de la montagne sacrée de Wat Phou, 26 chambres construites dans des bungalows en bois (en grande partie par les habitants de l’île), rénovés chaque année, ainsi que l’ancienne résidence du créateur, accueillent des voyageurs, majoritairement des couples et des retraités d’Europe de l’ouest. La décoration est soignée, mélangeant style traditionnel laotien – dont des créations d’artistes laotiens – et style colonial. Et si vous ne faites pas attention, l’aménagement du jardin et des nombreux arbres tropicaux peut facilement vous laisser penser que vous êtes le seul bungalow du lodge.
Employant 95% de son équipe sur l’île, La Folie Lodge offre une véritable opportunité de travail aux habitants, où chaque année ils reçoivent une formation de haut standards en hôtellerie et en cuisine. Des cours d’anglais viennent également d’être mis en place.

En plus d’apporter l’électricité, les revenus du lodge ont permis de financer la rénovation de trois écoles et d’un dispensaire – tout cela en synergie avec les autorités (chef du village) et populations locales. Aussi, lors de catastrophes climatiques, le lodge offre une aide financière aux familles en difficultés, remboursable par des heures de travail communautaire.
Sensible à l’écologie, le lodge utilise des ampoules électriques et l’air conditionné basse consommation, recycle, composte, encourage par le biais de notes à l’intérieur des chambres l’utilisation de savons respectueux de l’environnement, la réutilisation des serviettes et des draps tant qu’ils sont propres. Le lodge a installé des paniers en osier partout sur l’île afin de sensibiliser au ramassage des déchets – chose non aisée dans un pays où le plastique est malheureusement, relativement nouveau. Chaque année, la maison de l’île la mieux entretenue reçoit le prix « Vert et Propre », une prime de 200$US, soit près d’un million et demi de kip, ce qui représente une somme énorme étant donné le coût de la vie. Afin de préserver l’écosystème de l’île, le lodge s’est engagé dans la plantation d’arbres, et chaque année, lorsque le niveau du Mékong redescend, dans la plantation des berges afin de pallier à leur dégradation due à la montée de la rivière lors de la saison des pluies. Un grand jardin en face du lodge offre des fruits et légumes biologiques, servis au restaurant.

Visiblement sensible à la culture et l’art de manière générale, l’architecture locale est protégée par la préservation des maisons traditionnelles, la création et amélioration des chemins de terre et des ponts pour piétons et cyclistes au sein de l’île. De plus, le lodge organise un grand nombre d’activités permettant un partage de la culture, comme accompagner un pêcheur local dans son activité, organiser une cérémonie du Baci, assister à une représentation de danseurs et de musique traditionnelle Lao.

C’est donc dans ce havre de paix et de nature et de verdure, que j’ai pu prendre, le temps d’une nuit, une pause de mon voyage de backbackeuse : eau chaude, matelas de plus de cinq centimètres d’épaisseur, bac à douche, port du maillot de bain, satisfaction de ma passion pour l’art et les livres (découverte de l’auteure québécoise Catherine Mavrikakis), et inspiration devant tant d’initiatives qui lient luxe et engagement social en parvenant à un mélange des cultures juste et enrichissant au sens propre comme figuré.

Créé par Khamla il y a tout juste deux ans. Khamla est professeur à l’université de Pakse pour les futurs enseignants, deux jours par semaine. Le reste du temps, il est à Don Khong. Alors que le gouvernement lui offrait un poste de professeur d’anglais à l’école de son village, pour une heure de cours par semaine pour chacune des 5 classes, Khamla sait que ça n’est pas suffisant : il ouvre son école, la Bamboo School Project Laos, et simultanément le restaurant Sabaidee, puis le Homestay, afin de financer ce projet. C’est ainsi que tous les soirs, de 16h à 18h, les élèves des cinq classes, âgés de 4 à 14 ans, viennent suivre des cours d’anglais complémentaires.

Les cours sont assurés par Khamla, et par les volontaires étrangers présents sur un plus ou moins long terme. J’ai pu assister au cours d’anglais le plus intéressant, créatif, efficace et interactif, donné par l’attachante Maggie, professeure originaire de Manchester, retraitée et voyageuse solo 3 mois par année.

En parallèle, Khamla fait construire une autre école sur son île natale, Don Som, à quelques kilomètres de Don Khong. Les constructions, sur les deux îles, sont assurées par des volontaires locaux et étrangers.
Le projet est encore jeune et l’organisation s’en fait ressentir. Cependant, la passion et la volonté de Khamla lui promettent un bel avenir.

Sabaidee Donkhong Homestay N’A POUR LE MOMENT PAS ÉTÉ LABELLISÉ PAR VILLAGE MONDE.