TOUT RECOMMENCER ?

29 août 2016

Vous avez déjà pensé à tout recommencer? Vous savez, tout effacer, revenir en arrière, pour refaire les choses différemment. Mieux. Ne pas refaire ce qu’on considère comme des erreurs, ne pas refaire les mêmes choix…

C’est un ami qui m’a posé la question ce week-end : « Si là, tu pouvais aller dans le passé et te rencontrer plus jeune, tu te dirais quoi, tu changerais quoi? ».

J’ai d’abord pensé « bah rien, sinon je n’en serai pas là ». Puis je me suis demandé si là où j’étais justement, me plaisait suffisamment pour ne rien vouloir changer au passé… Car en changeant la moindre variable, toute l’histoire qui s’en suit pourrait être complètement modifiée. C’est sûr que certaines choses seraient mieux, tout autant sûr que d’autres seraient pires…

Alors difficile de répondre. Entre éviter de rencontrer le plus gros bâtard du siècle, empêcher ma soeur de commettre l’irréparable, éviter toutes les pertes de temps et prendre des raccourcis, aller plus loin et empêcher le commencement de tout ça… Ou tout laisser tel quel.

C’est tentant de vouloir effacer certaines choses, voir même de tout effacer, de tout recommencer. Repartir de zéro. Mais garder tout ce qu’on a appris. Rejouer le même film, mais en changer le scénario. En corrigeant les erreurs.

Ça serait parfait. Rapide. Les choses seraient fluides. Presque sans surprise. Puisqu’on connaîtrait déjà les règles du jeu.

Mais du coup, je me demande si ce jeu en vaudrait la peine? Vivre serait-il aussi excitant? L’intérêt n’est-il pas justement de vivre des hauts et des bas, des essais-erreurs, d’apprendre, d’évoluer, de tomber, se relever, de regarder en arrière et voir d’où l’on vient, de regarder en avant et rêver de ce qu’on voudrait être? La vie serait-elle intéressante si on arrivait directement à la destination finale, sans embuche, sans erreur, est-ce que ça vaudrait le coup? Ça ne serait pas blasant au final, de ne rien avoir à apprendre? De ne pas évoluer puisqu’on serait déjà au top? Puis, comment on pourrait distinguer les bons moments des mauvais, si on ne connaît que des bons moments?

Ce week-end, dans le parc Commodore Barry à Brooklyn, je regardais le ciel et me disais : et si je n’avais pas fait ça, mais plutôt ça, et si je n’avais pas perdu mon temps là dedans, et si j’avais été présente pour elle, et si… Il serait arrivé ça, ou peut-être ça, mais en fait, qui sait ce qui serait arrivé? Au final, ne serait-ce pas ça, justement, l’intérêt? Les possibilités illimitées qui s’offrent à nous? Le nombre infini de choix que l’on peut faire? L’intérêt ne résiderait-il pas plus dans l’infinité de chemins que l’on peut prendre, que dans le résultat final, que dans la destination?

En soit, l’important n’est pas tant l’expérience, mais plutôt ce qu’on en fait, ce qu’on en tire comme leçon, comme apprentissage.

L’important n’est pas tant de savoir si on fait le bon ou le mauvais choix, mais plutôt d’en faire un, tout simplement, qui nous mènera là où on doit aller.

L’important n’est pas tant de savoir où l’on va, mais plutôt d’y aller et de vivre chaque pas comme si c’était le dernier.

« N’ayez jamais une idée rigide de ce que vous ferez la semaine ou l’année prochaine. Parce que lorsque vous avez une idée claire de ce qui va arriver et y restez strictement attaché, vous détruisez tout un pan de possibilités. » La Loi du Détachement, Deepak Chopra

À penser à d’éventuels regrets, à des choses que j’aurai pu faire différemment, j’ai réalisé que tout était parfait, tel quel, et que chaque chose arrive à un moment donné pour une raison donnée. Il n’y a pas vraiment de hasard, tout comme il ne devrait pas y avoir de place aux regrets. Avoir un contrôle sur le passé, c’est aussi avoir un contrôle sur le futur, et finalement plus aucun sur le présent. Pourtant, c’est la seule chose réelle que nous avons, le présent. Si le passé est hors de notre contrôle et finalement n’existe pas vraiment, avons-nous vraiment le temps de regretter ce qu’on a pu faire, et ce qui nous a mené là où on est, aujourd’hui?

Alors, si je pouvais aller dans le passé et me rencontrer, je me dirai simplement : « Ne t’inquiètes pas, tout ira bien. »