PARIS, MA LETTRE DE RUPTURE

13 avril 2015

Paris*, tu es belle et cultivée. J’ai passé la majeure partie de ma vie avec toi, mais aujourd’hui, je ne t’aime plus. Je te quitte, physiquement, et dans mon coeur.

Paris,

Tu m’as vu naître et grandir, tu m’as construite malgré moi, tu m’as tout appris, tu m’as inspirée, je t’ai aimé, mais tu m’as blasée.

En 2013, lorsque je t’ai quitté, physiquement, pour d’autres contrées, je t’ai gardé dans le coeur. Jusqu’à ce que je me rende compte qu’il y avait mieux ailleurs. Jusqu’à ce que je me rende compte que ton comportement n’était pas normal, malsain, fermé…

Je pars vivre à Montréal, cette ville à part, qui a sûrement inspiré le dessin animé des Bisounours. Seulement, son hiver est trop rude, et je suis une femme de chaleur. Cet hiver 2014-2015, j’ai donc décidé de revenir te voir, partager quelques mois avec toi. Non pas que tu sois très chaude, mais disons que tu es moins froide. Physiquement, en tout cas.

Choc social, je n’ai pas réussi à me réadapter à toi.

Choc social lorsque je sors de l’avion et ne vais visiblement pas assez vite selon ma voisine de siège. Choc social lorsque je t’entend râler, t’énerver, mal me parler. Choc social lorsque je dois attendre trente minutes au restaurant qu’un serveur mal aimable daigne m’apporter le menu. Choc social lorsque tu me bouscules sans t’excuser. Choc social lorsque je croise ton regard et te souris et que tu me réponds par un air dédaigneux. Choc social lorsque je prend tes transports en commun, où l’on s’entasse coûte que coûte, comme s’il s’agissait du dernier train de la planète terre venant nous sauver de l’apocalypse et que notre vie en dépendait! Choc social lorsque tu en profites pour me mettre une main aux fesses. Choc social lorsque tu me réponds que c’est normal vu comment je suis habillée. Choc social lorsque tu me siffles à chaque coin de rue. Paris tu m’agaces! Choc social lorsque tu passes devant moi et me regarde de haut en bas d’un air hautain, comme si j’étais aveugle. Allô?! Choc social lorsque tu me « Tchip! » à chaque coin de rue. Paris tu me fais mal… Choc social lorsque je discute avec toi, et que tout paraît impossible. Choc social quand tu tiens des propos racistes sous couvert d’humour. Choc social quand je sors avec toi et qu’il ne se passe pas une minute sans que tu critiques ou commentes tel accoutrement ou comportement de telle et telle personne. Choc social quand je te vois si mal dans ta peau. Choc social quand je vois tes frontières mentales si fermées.

Choc social lorsque tu trouves tout ça si normal…

Je ne garde que la mauvais de toi, certes (certainement des restes de ton influence sur moi). Mais lorsque je suis chez toi, là où je suis née, là où j’ai grandi, je ne me sens pas chez moi.

Je ne t’aime plus, et je n’en suis pas désolée. Cette fois, je te quitte pour de bon. N’espère pas, et n’attend pas mon retour.

Paris, à jamais.

*Paris mais plus largement l’Île-de-France.