COMME PAR MAGIE
ELIZABETH GILBERT

18 juillet 2016

Elizabeth Gilbert est l’auteure du succès mondial Mange, Prie, Aime, adapté au cinéma en 2010, avec Julia Roberts comme actrice principale. Dans Comme par magie, Elizabeth Gilbert nous expose sa théorie sur l’origine des idées, sa définition de la créativité, et enfin ses conseils pour mener une existence créative. Le tout, sur un ton léger et plein d’humour, nous partageant de nombreuses anecdotes de son parcours personnel.

SURMONTER SA PEUR POUR POUVOIR EXPRIMER SA CRÉATIVITÉ

L’auteure commence avec l’exemple concret d’une amie, Susan, qui s’est remise à patiner à l’âge de 40 ans. Elle avait fait du patinage artistique dans son enfance, puis avait arrêté à l’adolescence car il y avait meilleur qu’elle, et que la seule raison de faire du patinage était d’entrer en compétition et d’être la meilleure. Du moins, c’est de cette manière que nous sommes conditionnés. À 40 ans, elle entama une introspection, car elle ne se sentait pas heureuse, mais ne savait pas pourquoi. Elle repensa à la dernière fois où elle s’est sentie bien dans sa vie, et ça datait de l’époque du patinage artistique. C’est alors qu’à 40 ans, elle décida de se remettre au patinage, pour le plaisir. C’est ainsi qu’elle retrouva sa joie de vivre, sans rien abandonner de sa vie : c’est ce qu’Elizabeth Gilbert appelle mener une existence créative. Oser. Bien sûr, il faut surmonter la peur. Elizabeth personnifie la peur, comme elle personnifie la créativité : la peur est là, mais, chaque fois qu’elle s’en va faire quelque chose de créatif, elle dit à la peur de ne pas se mêler de sa vie.

QUE SONT, QUI SONT LES IDÉES?

Les humains sont des êtres créatifs depuis très longtemps. C’est une pulsion naturelle. L’auteure personnifie la créativité, c’est-à-dire les idées. Ça me rappelle une définition de l’art que Rachel Claudio m’avait donné à Paris. Les idées seraient des énergies qui voyagent et qui vont trouver un(e) hôte afin d’être réalisée. Lorsque des idées nous viennent, nous devons les respecter, leur faire honneur, les saisir si nous voulons les mettre en oeuvre, ou les remercier et les laisser s’en aller. Le respect de l’idée, Abraham Diallo en parle également dans son Petit Guide des Choses Simples, son intervention au TED de Clermont Ferrand.

À QUI APPARTIENNENT LES IDÉES?

Selon cette théorie, Elizabeth Gilbert trouve une explication au fait que parfois, souvent en fait, lorsque nous avons une idée mais que nous la laissons de côté, quelqu’un d’autre la réalise : l’idée s’en est allée trouver un(e) autre hôte. Du coup, elle en évoque la propriété de l’idée, ce qui est une bonne leçon pour l’égo. C’est un problème que tout créatif connaît.

Un jour, alors que je discutais d’une personne qui copiait ce que je faisais, avec l’artiste Féfé, celui-ci m’a répondu que si ça me dérangeait, c’était que je n’avais pas été assez loin dans mon idée. Sinon, je n’avais pas de souci à me faire. C’est un peu ce que dit Elizabeth, si vous avez respecté votre contrat avec l’idée qui est venue vous rencontrer, il n’y a pas de souci. Si quelqu’un d’autre l’a réalisé avant vous, ou après que vous l’ayez commencé, c’est que vous n’avez pas respecté votre contrat, et laissé l’idée partir. L’idée a trouvé meilleur hôte. L’idée peut aussi choisir plusieurs hôtes simultanément afin de mettre toutes les chances de son côté de se réaliser.

« Il n’est pas question de vol; il n’est pas question de propriété; il n’y a pas de tragédie ni de problème. Là d’où vient l’inspiration, il n’y a ni temps ni espace – ni non plus de compétition, d’ego ou de restrictions. »

TRAVAILLER, ENCORE ET TOUJOURS…

Bien sûr, l’auteure parle de travail acharné : on n’a rien sans rien. Et ça fait du bien de le rappeler. Souvent les personnes pensent que les créatifs ont juste un don. Alors que ce don, nous l’avons tous, du moment que nous respirons et que nous avons un cerveau qui fonctionne. Les idées, tout le monde en a. Mais les réaliser demande du travail, beaucoup de travail et de dévouement, au quotidien, peu importe notre situation. Elle nous remet d’ailleurs pas mal les pieds sur terre : genre, arrêtez de croire que vous allez prendre trios mois sabbatique dans un endroit super cool et super inspirant pour finir votre projet. Tout le monde en rêve bien sûr, mais ça n’est pas une raison pour ne pas travailler, chaque jour, votre créativité.

« J’étais consciente que personne n’allait venir frapper à ma porte et me dire : « Nous croyons savoir qu’une jeune écrivaine pleine de talent et jamais publiée habite ici et nous aimerions l’aider à faire progresser sa carrière. »

… MAIS LÂCHER PRISE

Indirectement, elle parle beaucoup de lâcher prise. Ne pas se mettre la pression, juste respecter l’idée, travailler avec, des coïncidences arrivent, c’est comme ça, ça ne marche pas, c’est comme ça, c’est pour laisser la place à quelque chose de meilleur. Nous pouvons faire des choses que nous aimons : écrire un livre, une chanson, réaliser un film, peindre, apprendre une danse, visiter un pays, une ville… Si on est vivant, on est créatif. L’art n’appartient pas à une poignée d’élus comme on nous l’apprend.

POURQUOI MENER UNE EXISTENCE CRÉATIVE?

Parce que la créativité est la caractéristique de notre espèce. Parce que notre vie n’est pas éternelle, du moins physiquement, alors autant la rendre la plus belle possible en la remplissant de couleurs vives, de sons nouveaux, du grand amour, de décisions risquées, d’expériences étranges, d’entreprises bizarres, de brusques changements, et même d’échec! Ayons du culot! Notre art n’a pas besoin d’être original, ni même important, il a besoin d’être authentique : oui la plupart des choses ont été faites, mais pas par nous.

« Ce qui vous empêche souvent de mener une existence créative, c’est précisément votre égocentrisme (vos doutes, votre manque d’estime de soi, les jugements que vous portez sur vous-même et ces réflexes de défense qui vous paralysent). »

COMMENT MENER UNE EXISTENCE CRÉATIVE?

Voici les conseils de l’auteure pour mener une existence créative :
– Il n’est pas nécessaire d’être un artiste pour mener une existence créative.
– Il n’est pas nécessaire de tout plaquer et revoir entièrement sa vie.
– Il suffit de trouver les pépites d’or qui se cachent en nous.
– Nous n’avons besoin de la permission de personne pour mener une existence créative.
– Faisons le sérieusement, évidemment, mais ne prenons pas cela au sérieux.

« L’argent aide c’est certain. Mais si l’argent était la seule chose dont les gens ont besoin pour mener une existence créative, les milliardaires seraient les penseurs les plus imaginatifs, productifs et originaux d’entre nous et ce n’est tout bonnement pas le cas. Les ingrédients de la créativité demeurent exactement les mêmes pour tout le monde : courage, enchantement, permission, persistance, confiance – et ces éléments sont universellement accessibles. »

FAIRE LES CHOSES POUR LE PLAISIR

C’est la conclusion de cette lecture. J’ai trouvé ce livre important, pour cette raison. En tant qu’artiste vivant de sa/ses passions, il peut nous arriver de nous perdre un peu là-dedans, entre projets artistiques et projets commerciaux, nous pouvons même arriver à perdre le goût de notre art. Ce livre m’a permis de remettre les choses en question, et de me rappeler pourquoi je faisais telle ou telle chose, et de remettre le plaisir au premier plan.

Ça m’a rappelé un évènement : lorsque je dansais, nous avons eu un jour une discussion entre notre prof de danse et le groupe, où nous n’arrivions pas à nous comprendre. Le prof nous disait que si nous n’avions pas de spectacle de prévu, nous ne dansions pas, qu’il nous fallait une carotte pour avancer, et que ça n’était pas normal, on devrait juste danser pour danser. Nous lui soutenions que c’était normal, que nous avions besoin d’une motivation pour nous entraîner, progresser, etc. Il nous disait que la seule motivation devait être la danse, pour la danse, tout simplement. Nous avions conclu sur une mécompréhension des uns et des autres. Aujourd’hui, je comprend tellement ce qu’il voulait nous dire!

Et d’ailleurs, malgré que je mène une existence créative, je me suis rendue compte qu’il me manquait quelque chose : la danse. Sauf qu’aujourd’hui, je ne me mettrai plus de pression, pas besoin d’être la meilleure, pas besoin d’aller en compétition, juste danser pour danser.