GLOBAL Politique et Société

Le pétrole ou la vie

« Water is our Source of Life. Life was created in Water. Water sustains in and out of our body. We are submerged in Water while in the Womb. Water replenishes us. Water retains the heat of the Sun and keeps Mother Earth warm so that Life can exist. All living things on this planet need Water to survive. Without our Water we cannot exist. Without our Water we cannot be healthy. We have manipulated her for greed but there will be no victory on either side if we don’t respect her. » OSHUN

Depuis plusieurs mois, les Sioux de la réserve de Standing Rock, dans le Dakota du Nord, manifestent contre le projet d’oléoduc géant : le Dakota Access Pipeline.


Route de l'oléoduc


LE DAKOTA ACCESS PIPELINE, C’EST QUOI?

Le Dakota Access Pipeline est un oléoduc destiné à l’exportation de pétrole de schiste du Dakota du Nord vers l’État de l’Illinois. Il s’étendra sur plus de 1 800 kilomètres à travers quatre États, le Dakota du Nord et du Sud, l’Iowa et l’Illinois, où il fera sa jonction avec un autre oléoduc, long de 1 200 kilomètres, jusqu’au Texas. Il pourra transporter chaque jour de 470 000 à 570 000 barils, dont le pétrole sera ensuite acheminé vers des raffineries de la côte Est et du golfe du Mexique.


L’INTÉRÊT ET L’IMPACT ÉCONOMIQUE

La construction du Dakota Access Pipeline permettra de baisser les coûts d’exploitation en reliant les domaines du Dakota et de l’Illinois de façon directe, ainsi que les coûts d’approvisionnement du marché intérieur en réduisant l’exploitation des transports ferroviaires et routiers.

Les États-Unis seront moins dépendants du pétrole étranger, ce qui pourrait avoir un impact sur les guerres et invasions de territoires au Moyen-Orient.

Sa construction permettra la création de 8 000 à 12 000 emplois, ainsi qu’une augmentation des fréquentations des entreprises locales durant les travaux (tels que les hôtels, restaurants, etc.).

Les retombées économiques annuelles sont estimées à des gains d’environ 129 millions de dollars en biens et impôts, 50 millions de dollars en impôts fonciers, et près de 74 millions de dollars en taxes de vente pour les services de soutien des écoles, des routes, des services d’urgence, etc.


C’EST QUOI LE(S) PROBLÈME(S)?

Chaque jour, l’oléoduc transportera 470 000 barils de pétrole, soit plus de 245 000 tonnes métriques de carbone, ce qui représente une violation des objectifs affichés dans l’accord de la COP21 de novembre 2016.

Pour mener à bien sa construction, des sites sacrés autochtones doivent être détruits (certains l’ont déjà été). Rien que dans le Dakota du Nord, l’oléoduc doit traverser 33 sites historiques et archéologiques.

L’oléoduc devait traverser la rivière Missouri au niveau de Bismarck, mais les autorités jugeaient les risques de contamination des eaux de la ville trop élevés. Elles ont donc déplacé le parcours de l’oléoduc 100 kilomètres plus au sud, près du lac Oahe, à seulement 800 mètres du territoire des Sioux : les sources d’eau potable des Lakota risquent d’être contaminées par les fuites de carburant, ce qui nuirait notamment à la pêche. De plus, le Missouri a une place inébranlable dans l’histoire et la mythologie des Lakota et des autres nations indigènes des Plaines du Nord.

Aujourd’hui, plus de deux tiers de la population de Standing Rock vit sous le seuil de pauvreté. Leurs terres et leur eau, c’est tout ce qui leur reste. En prenant les terres et l’eau d’un peuple, c’est ainsi qu’on l’appauvrit. Globalement, les entreprises et l’administration américaine méprisent totalement les droits des populations autochtones, encore en 2016.


« Contaminer l’eau, c’est contaminer la substance de la vie. Tout ce qui bouge a besoin d’eau. Comment peut-on parler de délibérément empoisonner l’eau ? » Président Archambault


UN PEU DE VULGARISATION HISTORIQUE

En bref : les terres des autochtones ont été volées par le gouvernement des États-Unis il y a quelques centaines d’années. Des leaders Indiens se sont battus pour défendre leurs droits, tels que Sitting Bull et Crazy Horse, pour finir assassinés par la police. Forcés à mener une existence confinée dans leur réserve, dont les frontières ont été délimitées par des traités, les Lakota s’efforcèrent de stabiliser leur société.

Jusqu’à ce qu’arrivent les barrages, qui ont entraîné la submersion des terres, prenant aux Mandan, aux Hidatsa, aux Arikara, aux Lakota et aux Dakota leurs meilleurs terres basses, entraînant des déplacements de population, et la perte d’une partie du monde Lakota. La retenue d’eau créée par les barrages a détruit 90% du bois et 75% de la vie sauvage dans les réserves.

Aujourd’hui, les animaux sauvages tels que les bisons sont remplacés par quelques 28 millions d’animaux de bétail, avec tout ce que ça engendre (consommation importante de céréales et d’eau). Les 250 espèces différentes d’herbe, sont remplacées par une seule et unique variété génétiquement modifiée (OGM), imbibée de pesticides (responsables de la mort de nombreuses espèces telles que les papillons monarques).

La réserve Indienne de Standing Rock est la sixième plus grande des États-Unis en terme de superficie, et compte un peu moins de 10 000 habitants. Elle est l’un des derniers territoires restants de la grande réserve Sioux née en 1868.


Get Up Stand Up, Aquarelle sur papier © Jessica Valoise

LA RÉSISTANCE

Dès la dépêche du projet, la réserve de Standing Rock a manifesté son mécontentement : manifestations, pétitions, tractations, tentatives ratées de négociations, etc.

En avril 2016, des milliers de manifestants Amérindiens et de militants de la justice climatique se sont alors mobilisés en occupant les lieux de manière pacifique, afin de défendre l’environnement et leur territoire contre les intérêts privés des magnats du pétrole. Le mouvement est à présent considéré comme la plus importante mobilisation autochtone et le plus grand rassemblement des Premières Nations aux États-Unis depuis plus d’un siècle : plus de 300 tribus alliées à de nombreuses organisations comme Greenpeace, Sierra Club, Bold Louisiana, etc.

De loin, les communautés de Standing Rock appellent à la solidarité : des manifestations se font dans d’autres villes d’autres États et parfois même d’autres pays, des séances de prières afin de rassembler nos énergies sont organisées, etc.


LA RÉPRESSION

Face aux manifestants, les forces de police anti-émeutes, la garde nationale et les agents de sécurité d’entreprises privées sont déployées, et la répression est violente : près de 400 manifestants ont été arrêtés et détenus dans des conditions dégradantes et inhumaines, plus de 300 blessés, attaqués par des chiens, des gaz lacrymogènes, des canons à eau, des pistolets taser, des grenades de contusion et des balles de caoutchouc, mais aussi menacés par armes à feu…

Les journalistes sont également poursuivis pour couvrir les évènements, au mépris de la loi fondamentale sur la liberté de la presse.

Dans la nuit du 20 au 21 novembre 2016, les actes de violence ont augmentés des deux côtés : les manifestants ont incendiés des voitures et des camions présents pour les travaux, les forces de l’ordre ont menés des arrestations musclées et blessés des centaines de manifestants.


MAIS QUI FINANCE TOUT ÇA?!

Le projet est financé à hauteur de 3,7 milliards de dollars, par de nombreuses banques internationales. Et parmi elles, des grandes banques françaises (plus d’1 milliard de dollars) et canadiennes : la BNP Paribas, le Crédit Agricole, Natixis, la Société Générale, la banque TD, Scotiabank, et la RBC.

Ça ne s’arrête pas là, puisque le département des services d’urgence du Dakota du Nord a obtenu 10 millions de dollars pour contrôler les manifestants pacifiques.

Et enfin, la compagnie Energy Transfer qui est derrière le projet Dakota Access Pipeline a contribué financièrement à la campagne électorale du nouveau président des États-Unis, Donald Trump – alors que l’administration Barrack Obama avait exigée la suspension des travaux…


LE PÉTROLE OU LA VIE : POUVONS-NOUS AGIR?

L’hiver arrive, les camps d’occupants vont-ils survivre aux tempêtes hivernales? Combien de temps les manifestants vont-ils tenir, combien de temps vont-ils pouvoir défendre la vie contre l’argent, contre l’avidité de richesse et de pouvoir?

Nous sommes en 2016, et les choses ne changent pas, ou alors pour quelques temps seulement. Face aux magnats du pétrole, face à près de 4 milliards de dollars… Avons-nous vraiment un quelconque pouvoir? Si ce n’est, celui de boycotter, complètement et entièrement, les grandes institutions bancaires impliquées, et encore plus, l’industrie pétrolière?


Image de couverture : Aquarelle « Water » © 2016 Jessica VALOISE

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